Controverse sur la datation C14 du suaire de Turin
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Le Suaire de Turin est un tissu en lin ancien faisant l’objet d’une vive polémique concernant son authenticité. Afin de prouver son authencité une C14 fut effectuée et généra de nombreuses controverses sur la datation C14 du suaire de turin.
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[modifier] Historique de la datation au C14 du Suaire de Turin
[modifier] Élaboration du protocole de mesure[1]
C'est en 1984 que le STURP proposa un protocole pluridisciplinaire pour effectuer la datation au radiocarbone du tissu : il comprenait la prise de six échantillons, leurs analyses physico-chimiques et leur datation au C14. Les méthodes SMA (spéctrométrie de masse avec accélérateur) et celle des compteurs seraient utilisées suivant la technologie adoptée par les six laboratoires retenus.
En octobre 1986, après quelques jours de consultations avec les intéressés, l'archevêque de Turin, Mgr Ballestrero, adopta le programme suivant : sept laboratoires étaient retenus (cinq par SMA, deux par méthode des compteurs). Une spécialiste mondialement reconnue en textiles anciens allait superviser les prélèvements. Des d'analyses physico-chimiques des échantillons succéderaient avant destruction. Chaque laboratoire allait recevoir un échantillon du suaire et deux échantillons de référence et un faux échantillon. Trois organismes officiels[2] allaient se porter garants du bon déroulement de l'étude ainsi que du traitement et de la communication des résultats.
Un an plus tard, un protocole profondément modifié et beaucoup moins exigeant fût annoncé par le secrétaire d'État de Jean-Paul II. Quatre laboratoires étaient exclus, seule la méthode SMA était retenue. le British Museum allait superviser seul la procédure. Les études physico-chimiques préalables pour contrôler les échantillons avant leurs destructions étaient abandonnées.
[modifier] Prélèvement et datation
Tôt le 21 avril 1988, commencèrent les opérations de prise d'échantillon sous la direction de Giovanni Riggi di Numana[3]. Quatre heures furent nécessaires pour décider de l'emplacement du prélèvement d’un seul et unique échantillon. Le choix se porta sur une zone en bordure du suaire de Turin, adjacente à l'emplacement du prélèvement effectué en 1973.
L’échantillon prélevé fût scindé en deux parties ; la seconde partie fût coupée en trois morceaux, un pour chaque laboratoire. Vu qu'un de ces morceaux présentait un poids inférieur à 50 mg (poids minimum pour les analyses), on lui adjoignit un morceau de la première partie. On plaça enfin les échantillons dans de petits récipients en acier. On procéda de même avec les trois échantillons de contrôle[4]. L'opération de datation par les laboratoires de l'Université d'Oxford, de l'Université d'Arizona et de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich pouvait commencer.
[modifier] Conclusion de l'analyse
[modifier] Annonces du résultat
Le 13 octobre 1988, le Cardinal Ballestrero annonce dans une conférence de presse les résultats de la datation transmis par le Prof. Tite du British Museum. La concentration en C14 du lin donne une date médiévale située entre 1260 et 1390 avec une probabilité de 95%. Le statut du "Saint Suaire" était dorénavant celui "d'une merveilleuse icône" selon les mots du cardinal, celui d’un faux pour l’ensemble de l’opinion publique.
A Londres, le lendemain, Le Dr. Tite, assisté du Dr. Hedges (Oxford) et du Prof. Hall (Oxford et membre du conseil de direction du British Museum) annoncèrent leur résultat.
[modifier] Le rapport publié dans la revue "Nature"
Quatre mois plus tard parut dans la revue scientifique prestigieuse "Nature" un compte-rendu de l'étude[5]. Le tableau ci-dessous résume les résultats tels que publiés dans le tableau 2 de l'article. Les valeurs sont en années avant 1950, année de référence.
Echantillons | SUAIRE | Contrôle 1 | Contrôle 2 | Contrôle 3 |
Arizona | 646±3 | 927±32 | 1995±46 | 722±43 |
Oxford | 750±30 | 940±30 | 1980±35 | 755±30 |
Zurich | 676±24 | 941±23 | 1940±30 | 685±34 |
Moyenne non pondérée | 691±31 | 936±5 | 1972±16 | 721±20 |
Moyenne pondérée | 689±16 | 937±16 | 1964±20 | 724±20 |
Valeur du Khi2 | 6.4 | 0.1 | 1.3 | 2.4 |
Niveau de significativité* | 5% | 90% | 50% | 30% |
(*) Le niveau de significativité, découlant de la valeur du test Khi2, est la probabilité que la différence des dates moyennes entre les laboratoires soit due au seules marges d'erreurs statistiques des mesures de chaque laboratoire.
[modifier] Les controverses entourant la datation au C14
[modifier] Epilogue aux résultats de la datation radiocarbone
En 1989, Le coordinateur de la datation au C14 du British Museum, le Prof. Tite, dans une lettre officielle adressée au conseiller scientifique du custode de Turin, le Prof. Gonella, datée du 14 septembre, a déclaré, tout en réaffirmant la validité de l'origine médiévale de l'objet daté[6] : "(...) I myself do not consider that the result of the radiocarbon dating of the Turin Shroud shows the Shroud to be a forgery."[7] (trad. "(...) je ne considère pas que le résultat de la datation radiocarbone du Suaire de Turin montre que le Suaire est une contrefaçon.").
En 1990, le British Museum organisa une exposition "Faux ? L'art de la duperie". Trônait au milieu d'un ensemble d'objets comprenant par exemple des fausses monnaies, des crânes faisant référence à l'Homme de Piltdown, des copies des "Protocoles des Sages de Sion", la plus grande diapositive au monde du Suaire de Turin. Suite à un courrier du vice-président du Centre International d'Etudes sur le Linceul de Turin (CIELT), le British Museum répondit dans une lettre datée du 23 août: "Il n'était pas question de suggérer que le Linceul avait été créé comme un faux"[8]. Il retira suite à la lettre du CIELT la version du catalogue de 300 pages contenant au dos la mention suivante: "What is a fake and why are fakes made ? Did the forgers of the Turin Shroud and Piltdown Man have same motives ?"[9]. (trad. "Qu'est-ce qu'un faux et pourquoi les faux sont-ils faits ? Est-ce que les faussaires du Linceul de Turin et de l'Homme de Piltdown avaient les mêmes motivations ?".)
En 1997 enfin, après avoir pris sa retraite, le Cardinal Ballestrero devait déclarer dans un interview donné au journal "die Welt" du 5 septembre[10]: "A mon avis, le Suaire de Turin est authentique. La mesure par radiocarbone concluant à un âge médiéval du Suaire semble avoir été réalisée sans l'attention requise."
[modifier] Critiques du mode de prélèvement[11]
[modifier] Procédure
- Le prélèvement a été effectué sans que soit dressé un procès-verbal des opérations. Conséquence : au symposium de Paris des 7 et 8 septembre 1989, Riggi et Testore, qui ont matériellement coupé et pesé le morceau n'ont pas indiqué les mêmes poids.[12]
- Les deux premiers protocoles de mesure faisaient explicitement mention de l’importance de prélever plusieurs échantillons à divers endroits en vue d'assurer la représentativité de la datation.
[modifier] Risque de contamination
- La zone choisie est connue pour avoir été manipulée lors des présentations effectuées aux cours des siècles. Le risque d'une contamination importante d’origine bactérienne était donc élevé.
[modifier] Présence de fibres étrangères
- L'échantillon prélevé juste à côté en 1973 par Gilbert Raes, de l’institut du textile de Gand, avait permis de mettre en évidence la présence de fibres étrangères de coton dans les fils de lins.
- G. Riggi note dans son rapport[13] qu'après avoir coupé l'échantillon d'environ 8 cm², il fût réduit à 7cm² "(...) à cause de la présence gênante dans le tissu lui-même de fils d'une autre nature, qui, même en quantité minime, auraient pu entraîner des variations dans la datation, étant une adjonction tardive."
- Par la suite, on apprit que P. H. South, lors de son analyse pour le compte du laboratoire d'Oxford, avait trouvé des signes évocateurs de coton[14]. Cela lui semblait être un ajout de matière. Malgré ses observations et celles de Teddy Hall pour le compte du même laboratoire (ce dernier a observé que des fibres étaient mal positionnées), aucune analyse physico-chimique de l'échantillon ne fût préconisée avant sa destruction.
[modifier] La validité des résultats de la datation au C14
Contrairement à l'attente de nombreux scientifiques, l'article publié dans la revue Nature ne mentionnait pas les mesures brutes des trois laboratoires (dates calendaires seulement), ni les détails des calculs effectués par le British Museum. Ces informations ne furent par la suite jamais transmises ou publiées[15].
Pour information, la datation radiocarbone n'est pas une technique sans faille. Le Dr. Willi Wölfli, directeur du laboratoire de datation radiocarbone de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, qui a pris part à la datation du Suaire de Turin, a déclaré: "La méthode C-14 n'est pas à l'abri d'erreurs grossières de datation quand des problèmes non-évidents existent liés aux échantillons prélevés. L'existence d'erreurs indéterminées significatives se produit fréquemment"[16].
[modifier] L'avis de Jacques Evin
Jacques Evin est le directeur et fondateur du laboratoire de datation au C14 de l'université de Lyon. Il a participé au groupe de recherche du physicien Luigi Gonella , mandaté par le cardinal archevêque de Turin, pour dater le Suaire de Turin. Il défend avec véhémence la validité des conclusions de l'étude. Après avoir , dans le passé été partisan de l'authenticité du Suaire de Turin [17], il a proposé en 2000, lors d'un symposium sur le sujet[18], en tant que représentant de l'expertise Radiocarbone, une nouvelle opération de datation[19]. Il a pourtant déclaré en 2005[20] : "Les techniques utilisées, le protocole, tout concourt à dire, sans aucune discussion possible, que le suaire est médiéval. Je n’admets pas les ambiguïtés qu’entretiennent certains. En tant que chrétien, je les considère comme une forme d’usurpation spirituelle".
[modifier] Les critiques de la datation radiocarbone
Après 19 ans de contre-analyse la résultat de cette datation qui conclut à une étoffe du moyen age n'est contestée par aucun spécialiste de Carbone 14 ni aucune institution université, laboratoire... mais par quelques individualités [21] [22] [23] . De toute ces critiques , celle de Raymond Rogers, professeur de chimie à L'université de Los Alamos et directeur de recherche du STURP (Shroud of Turin Research Project), doit retenir particuliairement l'attention car elle est suffisamment sérieuse pour avoir fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique à comité de lecture[24]. Hélas, l'inventeur est décédé depuis et n'a pu répliquer aux nombreuses critiques de son étude notamment le fait qu'il oppose à la méthode très éprouvée du C14, une mesure de la concentration de vanilline qui n'a jamais été calibré.[25] Pour Jacques Evin, la diminution de la vanilline n’est pas régulière dans le temps et dépend trop des conditions d’humidité et de température pour être un critère utilisable. D’autres scientifiques se joignent à lui pour dénoncer les faiblesses de l’article de Rogers : absence de données-source, coquilles dans les formules mathématiques, marge d’incertitude non prise en compte, et pour clamer haut et fort la fiabilité de la datation au carbone[26].
Les personnes ayant critiqué son article se sont par contre abstenus de commenter les arguments de Rogers concernant la non-représentativité de l'échantillon prélevé par rapport au Suaire de Turin[27]:
- les fils de surface des échantillons Raes (prélevé en 1973) et radiocarbone sont recouverts, et eux seuls sur le suaire, d’une teinture rose garance dans un liant de gomme arabique et un mordant d’oxyde d’aluminium hydraté. Ce type de teinture n’apparut en Europe qu’à la fin du 13ème siècle.
- la vanilline (molécule du lin qui disparaît au cours du temps) est présente en quantité décelable seulement sur les échantillons Raes et radiocarbone et nulle part ailleurs sur le suaire.
[modifier] Notes
- ↑ Bollone, p.170-173
- ↑ L'Académie Pontificale des Sciences, L'institut de Métrologie Colonnetti de Turin et le British Museum
- ↑ G. Riggi di Numana, Rapporto Sindone, 3M, Milan 1988, cité par Bollone p.175
- ↑ deux échantillons de tissus égyptiens (datant du IIe et du XIe ou XIIe siècle) et un de la cape du duc d'Anjou, datant de 1296-1297
- ↑ Damon et al, Radiocarbon dating the Turin Shroud, Nature, Vol.337, Nr.6200 pages 611-615, 16 février 1989.
- ↑ Le 10 août 1998, il a déclaré: (...) I think that the statement that I do not consider the shroud to be a hoax refers to the fact that I have said that the radiocarbon date proves (to me at least!) that the shroud is medieval but does not tell us anything about how the image was produced. Since we still do not know how the image was produced, it could have been produced by chance rather than with the deliberate intention of faking Christ's shroud. Traduction : Je pense que quand on écrit que je ne considère pas que le suaire est un faux, on fait référence au fait que j'ai dit que la datation du radiocarbone prouve (pour moi au moins!) que le suaire est médiéval, mais elle ne nous dit rien sur la façon dont l'image a été produite. Comme nous ne savons toujours pas comment l'image a été créée, elle a pu être créée par hasard plutôt qu'avec l'intention délibérée de produire un faux suaire du Christ.
- ↑ fac-simile dans Upinsky 1998, p.125
- ↑ fac-simile dans Upinsky 1993, p.61
- ↑ fac-simile dans Upinsky 1993, p.42
- ↑ cité par van Haelst
- ↑ Bollone, pp.174-180
- ↑ Bollone, p.178
- ↑ G. Riggi di Numana, Rapporto Sindone, 3M, Milan 1988, cité par Bollone p.175
- ↑ P.H. South, Rogue Fibres found in the Shroud, TEXTILE HORIZONS, December 1988, p. 8.
- ↑ D. Raffard de Brienne, Enquête sur le Suaire de Turin, Claire Vigne, Paris 1996, cité par Bollone, p.179
- ↑ Dr. W. Wölfli, Archaeological Sherd Dating: Comparison of TL Techniques with Radiocarbon Dates by Beta Counting and Accelerator Techniques, International Radiocarbon Conference, Trondheim, Norway, 1985, cité par le Prof. Daniele Scavone, OBJECTIONS TO THE SHROUD'S AUTHENTICITY: THE RADIOCARBON DATE, 1993
- ↑ http://www.zetetique.ldh.org/archeo_suaire.html
- ↑ Symposium scientifique international à Turin du 2 au 5 mars 2000 intitulé: "The Turin Shroud, past, present and future"
- ↑ quid.fr
- ↑ http://reforme.net/archive/article.php?num=3135&ref=698, Jacques Evin, interviewer dans la revue "Réforme", édition du 7 juillet 2005
- ↑ D. Raffard de Brienne,Créationiste Enquête sur le Suaire de Turin, Claire Vigne, Paris 1996
- ↑ Radiocarbon Dating The Shroud, A Critical Statistical Analysis, Rémy van Haelst, 1997
- ↑ The 1988 Shroud of Turin Radiocarbon Tests Reconsidered, Bryan J. Walsh, Shroud of Turin Center Richmond Virginia USA, 1999
- ↑ Studies on the radiocarbon sample from the shroud of turin, Raymond N. Rogers, Thermochimica Acta 425 (2005) 189–194
- ↑ http://www.zetetique.ldh.org/suaire_rogers.html
- ↑ http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article306
- ↑ Th. Heimburger, www.suaire-science.com, SUAIRE DE TURIN : LA FIN D’UNE ENIGME ? REPONSE A L’ARTICLE DE SCIENCE ET VIE SUR LE SAINT-SUAIRE, 27/08/05
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
[modifier] Bibliographie
- Pierluigi Baima Bollone, directeur de l'Institut Médico-Légal de Turin, 101 questions sur le Saint Suaire, saint-augustin, 2001
- Arnaud-Aaron Upinsky, La science à l'épreuve du Linceul, la crise épistémologique, OEIL, 1990
- Arnaud-Aaron Upinsky, Le procès en contrefaçon du Linceul, Chez F-X.de Guilbert, 1993
- Arnaud-Aaron Upinsky, L'énigme du Linceul - La prophétie de l'an 2000, Fayard, 1998.
[modifier] Articles
- Jacques Evin, "La datation radiocarbone du Linceul de Turin", in Dossiers d'archéologie n° 306, septembre 2005, pages 60 à 65