Préhistoire de la Mésopotamie
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sommaire |
[modifier] Les premiers villages
Vers -15000, le réchauffement du climat du Proche-Orient favorisa la prolifération des céréales sauvages au pied de l'arc montagneux s'étendant des chaînes du Levant aux mont du Taurus et du Zagros, dessinant la région que l'on désigne par le nom de "Croissant Fertile".
Profitant des facilités que leur offrent la nature dans leur milieu, les Mésopotamiens stabilisèrent leur habitat. Ils abandonnèrent les grottes et les abris naturels pour aménager des terrasses à l'air libre et construire des petites constructions criculaires fixes, à demies-enterrées dans le sol (la plus ancienne fut retrouvée à Ein Gev, près du lac Tibériade).
À partir de -12500, des groupes commencèrent à s'établir dans de petites unités d'habitat sédentaire. Ce furent les premiers villages. Ils se composaient d'un nombre limité de maisons de taille modeste et de forme circulaire, partiellement enterrées dans des fosses. À Mallaha, dans la vallée du Jourdain, on a retrouvé neuf de ces maisons, d'un diamètre variant de 3,5 à 5 m. Un muret de pierre consolidait le côté de la fosse qui se prolongeait au-dessus du sol par une paroi faite de matériaux plus légers (probablement des branchages), soutenue par un cercle de poteaux en bois. Le village de Mallaha devait rassembler quelques dizaines de maisons en tout, soit une population de deux cents à trois cents personnes environ.
Aux habitations, des sépultures furent généralement associées, placées directement sous le sol ou bien placées à proximité. à Mallaha, ainsi qu'à Hayonim, on a retrouvé des chiens enterrés avec leur maître, ce qui pourrait indiquer une pratique sacrificielle.
Tout au long de la période du natoufien, entre -12500 et -10000, le mouvement de sédentarisation se développa. Il s'étendit aux vallées de l'Oronne (Gerade), au moyen Euphrate (Abu Hureyra, Mureybet) et finit par concerner tout le Croissant Fertile, depuis le Negev jusqu'au Zagros.
Un des principaux facteurs contribuant à la sédentarisation est évidemment la constitution de réserves alimentaires, surtout de céréales sauvages qui peuvent être consommées plus facilement. Des silos servant au stockage des grains, ainsi que du matériel de broyage montrent que celles-ci occupaient une part croissante dans l'économie des populations natoufiennes. Cette économie était diversifiée, s'adaptant aux conditions locales. Les Natoufiens demeuraient des chasseurs-cueilleurs, ce que nous démontre leur art mobilier. Celui-ci était constitué surtout de figurines animales, ainsi que de manches à outils sculptés, en os ou en pierre, représentant la plupart du temps de petits herbivores de façon plus ou moins réaliste. À côté de ces établissements sédentaires, de nombreux groupes continuaient leur mode de vie traditionnel, fondé sur la chasse itinérante.
Cependant, l'entrée dans le monde sédentaire conduisit à une transformation radicale de l'organisation de la société. Toutefois, ce n'est que la première étape d'une mutation en profondeur qui concerna tous les aspects de la vie humaine et qu'on a appelée la "néothilisation".
L'habitat continua de se perfectionner. À partir de -10000, début de la période du kiamien, les maisons, toujours circulaires, étaient construites directement à la surface du sol. On ne creusait plus de fosse, mais maçonnait les murs, en utilisant un mortier pour solidariser les pierres ou par leur construction en pisé (argile rapportée et compactée). Dans le site de Nahal Oren, situé près du littoral méditerranéen, on a trouvé dix-sept maisons rondes aux murs de pierre et qui disposaient toutes d'un foyer aménagé au milieu. Elles étaient serrées les unes contre les autres sur quatre terrasses étagées.
L'outillage s'enrichit de l'invention des pointes de flèche de type d'El Khiam (d'après le nom du site), qui se caractérise par de petites dimensions et la présence d'encoches latérales. Cette nouveauté technique remplaça progressivement les microlithes. Toutefois, cela montre que la chasse demeurait prépondérante et que les populations khiamiennes vivaient toujours en économie de prédation.
Dans le domaine des conceptions symboliques, on peut aussi déceler certaines évolutions. À Mureybet, sur le cours moyen de l'Euphrate, le village fondé à la fin du natoufien fut remplacé par un village khiamien. On a retrouvé des bucarnes et des cornes d'aurochs enfouis dans des banquettes en terre qui meublaient ses maisons. Quant à l'art mobilier, il privilégiait les figurines féninines, de facture encore schématique, sculptées dans des galets. À cette époque, on semblait donner à ces deux figures symboliques, la femme et le taureau, appelées à une grande postérité, une valeur particulière, même si aucune d'elles n'est vraiment personnalisée et ne peut donc pas être considérée comme une divinité en soi. Il s'agit probablement de la valorisation de principes symboliques généraux, dont les caractéristiques renvoient au nouveau mode de vie humain et aux préoccupations que celui-ci suscite: à la stabilisation de l'habitat doivent désormais correspondre la stabilité du milieu et la pérennité du groupe.
[modifier] La naissance de l'agriculture
Durant cette période, qui débute vers -9500 et s'achève environ un millénaire plus tard, autour de -8700, on réalisa les premières expériences de domestication et de mise en culture des céréales sauvages, principalement l'orge et le blé. Bénéficiant de la concentration d'espèces facilement domesticables dans la zone du Croissant Fertile et instruits par l'observation régulière des phénomènes naturels que favorise la sédentarité, on apprit à sélectionner les variétés les plus aptes à la domestication et à maîtriser leur reproduction. C'est de cette façon que l'engrain et le blé amidonnier de type domestique apparurent. Ce dernier était surtout présent à Aswad, dans l'oasis de Damas, zone dont il n'était pas originaire. En plus des graminées, des légumineuses, telles que les pois, les pois chiches, les lentilles, les fèves et les vesces, furent aussi domestiquées et cultivées.
C'est ainsi que naquit l'agriculture, fondée sur l'ensemencement des champs et la moisson des plantes cultivées. Les peuplements sédentaires devinrent des communautés agricoles, assurant à une population croissante la maîtrise de ressources alimentaires régulières. L'économie de prédation fut donc remplacée par une économie de production. L'être humain prit possession du milieu naturel.
Cette évolution est confirmée par la disparition de l'outillage microlithique et la multiplication des lames de faucille. De plus, des concentrations importantes de pollen indiquent la présence de champs à proximité des villages, comme Mureybet. La population augmenta fortement, par la combinaison de deux facteurs: la croissance démographique interne due au développement de l'agriculture, et un afflux de populations qui n'étaient pas sédentaires jusque là mais qui furent attirées par un nouveau mode de vie. Quelques véritables bourgades se constituèrent, à l'image de Jéricho, dans la vallée du Jourdain, qui s'entoura d'un imposant mur en pierres, dominé par une tour haute de plus de 8 m munie d'un escalier intérieur permettant d'accéder au sommet. De telles mobilisations ne peuvent être concevables sans une mobilisation collective de la communauté, probablement sous la coordination d'une autorité reconnue.
Dans les villages et les bourgades, les maisons s'agrandirent. Leur forme resta circulaire mais elles adoptèrent des structures rectilignes, sous la forme de murs divisant l'espace intérieur. Dans la seconde moitié du Xe millénaire, le village de Mureybet, dont l'étendue ne devait pas dépasser 2 à 3 hectares, regroupait des maisons rondes construites en pisé (en surface ou à demi-enterrées). Des murets intérieurs, se coupant à angle droit, délimitaient une série d'unités fonctionnelles correspondant aux différentes activités domestiques, désormais accomplies dans des lieux séparés: couloir d'entrée, salle principale équipée d'une grande banquette en terre, cuisine disposant d'un foyer, réserves. Au IXe millénaire, les premières constructions rectangulaires apparurent. Édifiées en pierre tendre, elles étaient constituées d'un ensemble de cellules carrées, trop petites pour être habitées. En fait, elles servaient probablement de bâtiments de stockage.
De plus, à Mureybet, on trouve les traces des premières expériences connues de cuisson de l'argile. Il s'agissait d'objets de cultuels, tels que des petits vases et des figurines. Les figures féminines continuèrent d'être valorisées, soit dans une représentation schématique marquant essentiellement les caractères sexuels, soit dans une facture plus élaborée mettant en évidence des formes plus épanouies. Une autre dynamique cultuelle apparaît aussi: le culte des crânes. Après l'inhumation des corps, on prélevait le crâne de certaines personnes pour les exposer dans les habitations. Ensuite, on les enterrait de nouveau lors d'une cérémonie collective. Cette pratique bien attestée à Jéricho, témoigne de l'instauration d'un culte des ancêtres, qui manifeste l'ancrage territorial du groupe familial, dont il réaffirmait l'identité et assurait la pérennité.
Toutefois, les débuts de l'économie agricole sont limités à la zone du Levant. D'ailleurs, la culture n'y était pas uniforme et on peut noter des particularismes régionaux. Par exemple, à l'est, les montagnes du Zagros étaient parsemées de petits établissements saisonniers à l'usage de chasseurs itinérants. Dans le nord de la Mésopotamie, des villages de maisons rondes semblables à ceux du Levant apparurent (M'lefaat, Nemrik ou Qermez Dere), mais l'économie y demeura au stade pré-agricole.
[modifier] L'essor des sociétés agricoles
[modifier] Les premières cultures à céramique
[modifier] L'apparition des sociétés hiérarchisées
[modifier] Les premières villes
![]() |
Portail de la préhistoire – Accédez aux articles de Wikipédia concernant la préhistoire. |