Le Cygne (Baudelaire)
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Le Cygne est un poème de Baudelaire, publiée dans la section "Tableaux parisiens" des Fleurs du Mal.
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[modifier] Situation
Quatrième poème de la section, il entame une série de trois poèmes dédiés à Victor Hugo. Il est le deuxième poème de la section nommé d'après l'un de ses personnages.
[modifier] Forme
Il est composé de deux parties comportant respectivement 7 et 6 quatrains d'alexandrins. Les rimes sont croisées et respectent l'alternance entre rimes masculines et rimes féminines.
[modifier] Étude
[modifier] Les personnages
[modifier] Andromaque
Femme d'Hector, héros troyen tué par Achille lors de la Guerre de Troie, dont elle a été privée de la dépouille, elle se remarie à Pyrrhus, qui meurt, puis à Hélénus. Elle est l'emblème de la veuve éplorée, et renvoie à de nombreux éléments : l'Iliade, l'Énéide, Jean Racine, etc. Son portrait dans le poème est constut par des oppositions et des antithèses : « bras d'un grand époux » / « tombeau vide », « la main du superbe Pyrrhus » / « vil bétail ».
[modifier] Le cygne
Blanc, pur, il symbolise la métamorphose. Il est ridicule sur terre, hors de son élément naturel (à comparer à L'Albatros. Il est également antithétique (« ridicule et sublime »). Notons l'allitération en "s" (exprimant le soupir) dans « Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous. » et en "i" (exprimant la douleur) dans « Comme les exilés, ridicule et sublime / Et rongé d'un désir sans trêve ! ». Il fait référence au "chant du cygne", entre autres symboles.
[modifier] La négresse
Son portrait est bâti sur des antithèses : la « boue », la « muraille », le « brouillard » font écho aux « cocotiers » et à la « superbe Afrique ». L'allitération en "i" dans « Derrière la muraille immense du brouillard. » exprime la dureté.
[modifier] Les orphelins
Ils font écho à la louve romaine. Comparés à des fleurs, ils sont, comme elles, flétris et figés.
[modifier] Les autres
Le poème, ouvert, se termine sur une énumération. Les personnages sont par ailleurs banalisés, avec l'emploi de l'indéfini « quiconque ».
[modifier] Conclusion
Ces êtres sont unis par la perte, et sont des figures, des allégories d'exilés, faisant écho à l'exil de Victor Hugo à qui le poème est dédié (il est parti dans les îles anglo-normandes du fait de son opposition au règne de Napoléon III). Le poète choisit des figures de moins en moins sublimes, de plus en plus communes, rappelant à nouveau la figure du poète alchimiste. Il les met en relation implicitement les unes avec les autres, et les met sur un pied d'égalté avec l'animalisation d'Andromaque (« vil bétail ») et l'humanisation du cygne (« avec ses gestes fous »).
[modifier] La réminiscence
La mémoire du poète est fécondée par le Paris des grands boulevards (on relève le champ lexical de la pensée). Le souvenir qui « sonne à plein souffle du cor » rappelle la mort de Roland dans La Chanson de Roland, mais il rapplle aussi « mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs » ; les allitérations en "s" (exprimant le souffle) et "r" (exprimant la pesanteur) respectivement s'opposent, et "cor" et "roc" sont anacycliques. Le souvenir passe du pluriel au singulier, du poids à la légereté, de la matière à la musicalité, de la banalisation à la valorisation. Les correspondances, les allégories et les images redonnent vie aux souvenirs figés par le spleen (noter le champ lexical du mal, et l'anaphore « Je pense... »). Le poète apparaît comme figé sur un rêve inaccessible , ce qui est accentué par la répétition de "jamais" par ailleurs mis en valeur par un rejet.
[modifier] Structure
Le poème est structuré en miroir par un chiasme, on va d'Andromaque au cygne, et du cygne à Andromaque. On note de nombreuses répétitions : « souvenir », « superbe », « vieux », « maigre »...
[modifier] Le changement de Paris
Les mutations de Paris rythment le poème, ce qui rappelle Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (à qui le poème est dédié). Notons l'opposition de deux champs lexicaux : celui de l'architecture (exprimant une idée de stabilité) et celui de la mutation.