Banyamulenge
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Les Banyamulenge, littéralement « habitants de Mulenge » (singulier : Munyamulenge), sont un groupe rwandophone de l'ethnie tutsie vivant dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ils se retrouvent essentiellement dans la province du Sud-Kivu, proche de la frontière avec le Burundi. La tension entre les Banyamulenge et les autres tribus bantoues est l'un des facteurs à l'origine de la première guerre du Congo en 1996 et de la deuxième guerre du Congo en 1998, et reste un point d'achoppement au processus de paix dans le pays.
Environ 300 000 Tutsis ont quitté le Rwanda vers l'actuelle République démocratique du Congo à la fin du XIXe siècle, pour former ce groupe désormais appelé Banyamulenge. Cependant, les différences de langue et de culture perdurèrent avec les autres groupes ethniques résidant dans la région. Ces différences furent cristalisées en 1981 lorsque le gouvernement de Kinshasa dénia la nationalité congolaise aux Banyamulenge. Début 1994, les rebelles burundais des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) se dirigèrent vers les hauts-plateaux, semble-t-il pour expulser les Banyamulenge y résidant. Dès lors, en réponse au génocide rwandais de 1994, des milliers de Banyamulenge passèrent au Rwanda pour aider les Tutsis et les aider à chasser les Hutus du gouvernement, et forcèrent de nombreux Hutus à fuir au Congo. La même année, le gouvernement rwandais du Président Paul Kagame utilisa l'argument de la citoyenneté banyamulenge pour revendiquer l'appartenance historique du Kivu au Rwanda, et envahit la République démocratique du Congo. Le génocide rwandais, et la guerre civile burundaise, accentuèrent encore les différences entre les Banyamulenge et leurs voisins, accroissant d'autant les tensions.
En réponse à cette hostilité perçue, les Banyamulenge appuyèrent l'Alliance des Forces démocratiques de Libération du Congo (AFDLC), soutenue par le Rwanda et le Burundi, pour renverser le gouvernement de Mobutu Sese Seko. Ils formèrent des milices pour aider l' Armée patriotique rwandaise (APR) et, quand l'hostilité se fit jour contre les occupants rwandais, pour se défendre aux-même contre les groupes Mai-Mai combattant les envahisseurs étrangers et cherchant à expulser les Banyamulenge, les considérant comme des alliés du Rwanda. Les deux groupes Mai-Mai actifs contre les Banyamulenge furent les milices Babembe et Barenga. Les Banyamulenge sont toujours perçus comme des instruments du Rwanda après que l'actuelle guerre civile fut déclenchée par une mutinerie des Banyamulenge de la 10e brigade de Bukavu contre le Président Laurent Désiré Kabila.
Au regard de cette perception et des liaisons ethniques, les différentes milices Banyamulenge et le gouvernement rwandais sont clairement distincts. Début 2002, il y eut des combats dans les hauts-plateaux du Sud-Kivu après que le Commandant Patrick Masunzu, un Banyamulenge du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), eut fédéré les Banyamulenge pour se démarquer du commandement du RCD-Goma. Le RPA s'est aussi montré peu enclin à mener des actions pour défendre leurs frères Banyamulenge.
En 2000, les Banyamulenge furent refoulés vers les hauts-plateaux par la rébellion Mai-Mai, le FDD burundais, et les Hutu rwandais de l'Armée de Libération du Rwanda (ALiR), ne pouvant désormais plus se livrer à leurs activités journalières sans la protection du RCD-Goma. De nombreuses familles trouvèrent refuge dans la capitale du Burundi, Bujumbura. Les Banyamulenge constituent toujours une part importante de la branche militaire du RCD-Goma, de l'Armée nationale congolaise (ANC), et contrôle toujours les villes de Fizi, Umbura et Malembe.