Confédération nationale du travail (France)
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
La Confédération Nationale du Travail est une confédération syndicale française créée en décembre 1946 à Paris. Cette organisation a été fondée par des militants de la Confederación nacional del trabajo (CNT espagnole) en exil et des anciens membres de la CGT-SR (SR pour syndicaliste-révolutionnaire) ainsi que des jeunes ayant participé à la Résistance.
Elle a pris son nom en référence à la CNT espagnole.
Autre acception : La "Confédération Nationale du Travail" a aussi été le nom d'un syndicat jaune monté à Paris en 1919. Ce syndicat est sans aucun lien avec la CNT de 1946 ou même la CNT espagnole.
Sommaire |
[modifier] Historique
Après une période de relatif développement après la seconde guerre mondiale[1], la CNT devient un mouvement plus ou moins groupusculaire à partir de l'essor de FO, scission de la CGT, et le reste jusque dans les années 1990, où elle connait un certain renouveau militant.
Pendant cette période où le nombre d'adhérents ne dépasse pas la centaine de personnes, deux scissions eurent lieu au sein de la Confédération:
- la première scission qui a eu lieu en 1977 pour des motifs liés à l'évolution de la situation politique en Espagne (mort de Franco, transition démocratique, ...), est dite 2ème UR ou de la tour d'Auvergne (du nom de la rue où se situe leur librairie), elle ne concerne que l'Union Régionale parisienne. Il faut noter que cette première scission est obsolète puisque la CNT 2ème UR et la CNT AIT se sont réunifiés le 30 mars 2006, par le biais d'une décision prise en assemblée générale [1].
- la deuxième scission intervient en 1993, et est fondée sur des différences de positions au sein de la CNT : l'une est strictement attachée aux principes de l'anarcho-syndicalisme (pas de participation aux élections professionnelles, affirmation de l'anti-politisme, c’est-à-dire le refus de collaborer ou même cosigner des tracts avec des organisations politiques, considérées comme ennemies des travailleurs-euses au même titre que les autres défenseurs du capitalisme, de l'État ou de l'Église, refus du spectacle médiatique... ), l'autre CNT ne conçoit pas cette position de non-participation aux élections professionnelles comme absolue, notamment dans les entreprises où la lutte est difficile et qu'elle considère impossible sans acquérir un statut légal qui protège la section syndicale. Elle s'autorise en outre à affronter les arguments des organisations politiques sur le terrain de la lutte sociale en participant aux intersyndicales.
Cette attitude va entrainer l'exclusion de la majorité de la CNT de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) au congrès de Madrid en 1996, pour les organisations de l'AIT, cette position plus « tempérée » est un manquement aux principes anarchosyndicalistes qui régissent l'association. Cependant, ce vote restera pour les exclus de l'AIT non démocratique (peu de sections au vote et différence de voix trop faible).
Au final, la partie de la CNT qui reste au sein de l'AIT garde le sigle de « CNT-AIT », tandis que celle qui en est exclue, après avoir durant quelque-temps maintenu le sigle CNT/AIT se contente de "CNT". Cette dernière est surnommée par les militants CNT-Vignoles pour mieux la distinguer (du nom de la rue qui héberge son siège parisien). Elle entretient des relations avec d'autres syndicats exclus de l'AIT (comme la CGT espagnole scission d'avec la CNT-E) ou ayant quitté l'AIT (comme la SAC suédoise), et même avec la FAU, section de l'AIT en Allemagne. Elle entretient de bons contacts avec de nombreux syndicats du tiers monde (GEFONT au Népal, CGT-B au Burkina,... syndicats qui se situent dans la mouvance marxiste-léniniste).
Les relations entre les deux CNT deviennent de plus en plus problématiques, la CNT "Vignoles" ayant choisie de développer des syndicats de branche d'industrie et des sections syndicales d'entreprises - qu'elle considère plus proches des réalités des travailleurs dans les entreprises - tout en maintenant l'action interprofessionnelle au sein des unions géographiques (locales, départementales régionales) pour ce qui concerne par exemple les solidarités sociales et aussi les thèmes transversaux telles que l'anti-sexisme, l'environnement. Ce mode d'organisation n'empêche pas pour ces militants l'action et la solidarité interprofesionnelle : ils n'y voient pas de contradiction mais une complémentarité.
La CNT-AIT estime que cette approche (par branche d'industrie voire syndicats de métiers ...) n'est pas fidèle à l'unité des travailleurs et au refus de la délégation de pouvoir. Elle met en pratique la structuration de ses syndicats sur le mode intercorporatif, ce qui correspond à sa réalité locale (nombre de militants réduits et dans des secteurs très différents) et à son anticorporatisme.
La position de la CNT-AIT opposée au système représentatif électoral est un bilan de décennies de participations aux instances représentatives du personnels (charpentiers réunis à Toulouse dans les années 60, usine mazda de Bordeaux dans les annés 70, Transports du havre dans les 80, clinique des Orangers et des Cinéma de bordeaux dans les années 85-88). Pour elle si la CNT pouvait finalement faire le même syndicalisme de service que toutes les autres organisaitons syndicales - et voire les concurrencer sur leur propre terrain, le terrain électoral, cette tactique n'amenait pas à un développement de l'auto-gestion des luttes par les salariés. Au contraire, ils pensaient qu'elle ne faisait que renforcer la délégation de pouvoir et donc le mécanisme même d'un système que pourtant - parce que révolutionnaire - ils souhaitent abattre.
[modifier] La CNT (Vignoles)
La CNT intègre dans ses statuts la Charte d'Amiens (1906, CGT), la Charte de Lyon (1926, CGT-SR) et la charte de Paris (1946, CNT). Elle se revendique de la CGT des origines, de la CGT-SR et de l'expérience anarcho-syndicaliste de la révolution espagnole. La CNT se veut ouverte à tous les travailleurs sur un mode d'organisation qui correspond au fédéralisme libertaire (autogestion, démocratie directe, autonomie et souveraineté des syndicats,...). Son mode de fonctionnement la rapproche des libertaires et par certains aspects de son projet du communisme libertaire. Sa position est de refuser toute étiquette idéologique spécifique, sinon celle de l'anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire..
Concernant le nombre d'adhérents, la position considérée par certains comme plus « modérée » de la CNT est un relatif succès. Toutefois, il convient de rappeler qu'au regard du nombre d'affilié dans les organisations syndicales institutionnelles (CGT, CFDT) ou même en passe de l'être (SUD), l'essor numérique de la CNT reste tout de même très modeste : quelques 1200 adhérents à jour de cotisations sur l'année constatés par le Congrès d'Agen en juin 2006.
Le projet avorté du gouvernement d'Édouard Balladur d'instaurer un contrat d'insertion professionnelle (CIP), en 1994, la lutte antifasciste initiée par les SCALP (Sections carrément anti-Le Pen) dans les universités ou le combat en faveur des sans-papiers, auquel s'est jointe la CNT, sont à l'origine de l'adhésion de nombreux jeunes dans les deux CNT, même si la CNT-Vignoles a plus largement bénéficié de ce phénomène. De même, la CNT connaît un accroissement du nombre de ses militants lors du mouvement social de décembre 1995 contre le plan Juppé.
La CNT est capable de fédérer dans les manifestations les différentes composantes du mouvement libertaire, lors des grands défilés, notamment celui du 1er mai auquel elle participe depuis 1995, reconnaissable à son emblème, un chat noir hérissé sur fond rouge.
L'accroissement du nombre d'adhérents de la CNT influe aussi sur sa composition: nombre de jeunes, attirés par les idées communistes-libertaires associées au syndicat, multiplient ainsi les sections cénétistes dans les lycées et les universités, un peu partout en France, et accroissent l'audience du syndicat. Mais aussi des syndicalistes déçus par les pratiques des syndicats institutionnels ou le suivisme du syndicalisme contestataire viennent à rejoindre la CNT ainsi que des jeunes salariés qui débutent un engagement syndical sur leur lieu de travail parfois porteurs de questionnement sur la notion de collectif et de pratiques syndicales autogestionnaires.
Par sa structure de « syndicat révolutionnaire », la CNT se préoccupe aussi bien des problèmes liés au travail et au salariat, que des questions politiques; et elle est présente concrètement dans nombre de « combats » qui ont lieu un peu partout en Europe et dans le monde (contre-sommets du G8, FSL, solidarité avec la lutte pour la libération de la Palestine...), lesquels lui donnent l'occasion de montrer son influence. Au niveau international, la CNT travaille avec d'autres sections démissionnaires ou exclues de l'AIT, comme respectivement la SAC suédoise ou la CGT espagnole.
La CNT aujourd'hui est souvent participante à de nombreux rassemblements et manifestations (contre les lois Fillon, contre le CPE...). La CNT est aussi organisatrice de concerts dans ses locaux parisiens (Notamment des groupes de punk, oi!, ska ou street punk, mais aussi musette, chanson française.) La CNT syndique des enseignants au sein du Syndicat CNT-FTE (Fédération des travailleurs de l'éducation) et des étudiants, des chercheurs et des enseignats d'Université dans la section superieur-recherche, des travailleurs de toutes les branches publiques ou privées à l'exception des forces de l'ordre et du patronnat considérés par celle ci comme des ennemis des travailleurs.
[modifier] Les fédérations de la CNT
- Fédération de la Communication, de la Culture et du Spectacle (CNT-CCS)
- Fédération des Travailleuses/eurs de la Terre et de l’Environnement
- Fédération CNT-PTT
- Fédération Santé Social et Fonction publique territoriale
- Fédération du bâtiment et des travaux publics
- Fédération des Travailleuses/eurs de l’Éducation (CNT-FTE)
[modifier] La CNT/AIT
La CNT-AIT, quant à elle, reste sur la ligne initiale anarcho-syndicaliste, ce qui passe par une absence totale de participation, et donc de représentation aux élections professionnelles. Misant sur la radicalité, mais aussi sur une certaine cohérence théorique, l'organisation ne connaît pas le même essor numérique que la CNT, n'en faisant pas un enjeu fondamental. À noter que récemment de nouveau groupes se sont montés, notamment dans le Nord de la France. Avant tout section locale de l'AIT, elle essaie de montrer la nécessité de l'internationalisation des luttes (grève chez MERCADONA par exemple).
La CNT-AIT rejetant les luttes "parcellaires", préfère développer une démarche globaliste, cherchant à relier les luttes entre elles et à les étendre. Ainsi, elle se bat contre les nationalismes, préférant œuvrer pour la liberté de tous les exploités, hommes et femmes, et pas seulement ceux d'une région en particulier ni pour des alliances inter-classes avec une bourgeoisie locale nationaliste.
[modifier] Conclusion
Par leurs organisations internes de type libertaire (démocratie directe, autogestion) et par un discours radical, ces deux syndicats séduisent aussi des personnes ayant épuisé la confiance, la foi ou la croyance, souvent les plus pauvres et malheureux : chômeurs, indigents, sans papiers, immigrés. À ce niveau, il y a peu de choses qui distinguent les deux organisations. Mais la volonté de développement de l'implantation syndicale dans les entreprises de la CNT "Vignoles" - qui participe de manière selective à certaines élections professionnelles - entraîne une dénonciation de la part de la CNT-AIT, (qui y voit le danger d'une collaboration de classe dans la participation à quelques élections professionnelles que ce soit).
[modifier] Voir aussi
[modifier] Notes et Références
- ↑ histoire de la CNT française dans la période 1945-1993, brochure de la CNT-AIT
[modifier] Liens externes
- Site officiel de la CNT
- Site officiel de l'UR Limousin de la CNT
- Site officiel de l'Union locale de la CNT de toulouse
- Site de l'Union Locale de la CNT-AIT Toulouse
- Site officiel de la CNT messine
- Site officiel de la CNT-AIT
- Site du Syndicat Interco Paris Nord de la CNT AIT
- Site officiel de l'Association Internationale des Travailleurs AIT
|
|