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Biodiversité - Wikipédia

Biodiversité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Diverse espèces épiphytes dans une forêt humide en Amérique centrale. Les écosystèmes de la zone intertropicale hébergent la plus grande partie de la biodiversité mondiale actuelle.
Diverse espèces épiphytes dans une forêt humide en Amérique centrale. Les écosystèmes de la zone intertropicale hébergent la plus grande partie de la biodiversité mondiale actuelle.
La diversité génétique des fruits et légumes est un des éléments de la Biodiversité que l'homme a depuis longtemps exploité (Marchande de fruit, vers 1580, par Vincenzo Campi)
La diversité génétique des fruits et légumes est un des éléments de la Biodiversité que l'homme a depuis longtemps exploité (Marchande de fruit, vers 1580, par Vincenzo Campi)

Le mot biodiversité est un néologisme composé à partir des mots biologie et diversité. La biodiversité désigne la diversité du monde vivant au sein de la nature.

L'expression biological diversity a été inventée par Thomas Lovejoy en 1980[1] tandis que le terme biodiversity lui-même a été inventé par Walter G. Rosen en 1985 lors de la préparation du National Forum on Biological Diversity organisé par le National Research Council en 1986 ; le mot « biodiversité » apparaît pour la première fois dans une publication en 1988 lorsque l'entomologiste américain E.O. Wilson en fait le titre du compte rendu[2] de ce forum[3]. Le mot biodiversity avait été jugé plus efficace en terme de communication que biological diversity.

Depuis 1986, le terme et le concept sont très utilisés parmi les biologistes, les écologues, les écologistes, les dirigeants et les citoyens. L'utilisation du terme coïncide avec la prise de conscience de l'extinction d'espèces au cours des dernières décennies du XXe siècle.

En juin 1992, le sommet planétaire de Rio de Janeiro a marqué l'entrée en force sur la scène internationale de préoccupations et de convoitises vis-à-vis de la diversité du monde vivant.

Sommaire

[modifier] Les origines de la vie, et l’évolution de la biodiversité

[modifier] L'apparition de la vie

Il existe de multiples hypothèses pour expliquer son apparition il y a environ 3,5 milliards d'années, mais la paléontologie, la stratigraphie et la biochimie convergent vers une origine marine de la vie.

Le premier être vivant (appelé éobionte, protobionte, ou biogénote) serait apparu à partir des nombreuses molécules organiques présentes dans le milieu, issues des réactions chimiques de l'océan primordial. Dès ce moment (et peut-être même avant), la sélection naturelle, moteur de l'évolution, va entraîner l'apparition de formes de vies multiples, certainement d'abord hétérotrophes, puis photosynthétiques. Les trois grands domaines du monde vivant (eubactéries, archéobactéries et eucaryotes) sont mis en place, structurant la diversité de la vie telle que nous la connaissons actuellement.

Ces procaryotes, communément appelés bactéries, bien que d'organisation très simple, représentent la base fondamentale de la biodiversité, tant au point de vue fonctionnel (diversité des métabolismes) que génétique (la séparation des lignées des archéobactéries et des eubactéries pourrait être la plus profonde de l'arbre du vivant).

[modifier] La sortie des eaux

C'est au silurien que des bactéries, des cyanobactéries, des algues, des lichens (association d'algues et de champignons) et des mousses, ont gagné le milieu terrestre et ont commencé à participer à la formation des premiers sols. Les sols, résultants de l'interaction entre êtres vivants, roches mères et climat, sont d'une très grande diversité; ils ne sont pas uniquement un support physico-chimique, mais un milieu de vie, où la biodiversité est très grande, et différente d'un endroit à un autre.

Par exemple, un sol de région tempérée contiendra en kilogrammes par hectare

  • 1000 à 7000 kg de bactéries
  • 100 à 1000 kg de champignons
  • 10 à 30 kg d'algues
  • 5 à 10 kg de protistes
  • 1000 kg d'arthropodes
  • 350 à 1000 kg de vers de terre (lombrics)

En comparaison un sol tropical pourra contenir 10% de fourmis, 33% de vers de terre, 6% de myriapodes, 4% de coléoptères, 4% de termites.

Des évolutions majeures se sont produites lors du passage de la vie aquatique à la vie terrestre. Elles concernent en particulier les appareils respiratoire, circulatoire et squelettique.

En effet, il y a 400 millions d'années, les animaux aquatiques ont dû :

  • s'adapter aux gaz atmosphériques (oxygène et dioxyde de carbone). La teneur en oxygène du milieu aérien est plus élevé qu'en milieu aqueux, requérant moins d'énergie.
  • s'adapter à la viscosité et à la densité du milieu, avec les adaptations en terme de squelette et de circulation sanguine Ces contraintes ont limité le développement des animaux terrestres (le plus gros mammifère terrestre, le mammouth faisait jusqu'à 20 tonnes alors que la baleine bleue atteint 200 tonnes).
  • et enfin faire face aux problèmes de dissipation d'énergie calorifique et de déshydratation. En effet, l'air constitue un bon isolant thermique : certains des animaux devinrent au Mésozoïque des homéothermes comme les reptiles, alors que les animaux aquatiques demeurèrent poïkilothermes.

Les animaux ont donc dû s'habituer au cours des ères géologiques aux modifications de leurs milieux de vie, que les contraintes soient d'ordre climatique (changement climatique) ou biologique (maladies, prédation). Ils ont donc lentement évolué jusqu'au monde vivant actuel.

[modifier] Services fournis par la biodiversité

L'industrie pharmaceutique est l'une des premières bénéficiaires de la biodiversité. De nombreux principes actifs de médicaments ont été mis au point à partir de molécules naturelles.
L'industrie pharmaceutique est l'une des premières bénéficiaires de la biodiversité. De nombreux principes actifs de médicaments ont été mis au point à partir de molécules naturelles.

La biodiversité a contribué de nombreuses façons au développement de la culture humaine, et, en retour, les communautés humaines ont joué un rôle majeur en terme d'évolution de la diversité aux niveaux génétiques, spécifiques et systémiques.

Pour les hommes, la biodiversité est avant tout une ressource naturelle pour la vie quotidienne, fournissant de la nourriture (cultures vivrières, bétail, poissons...), des fibres pour l'habillement, du bois pour le chauffage et la construction d'habitations, des médicaments et de l'énergie. Les usages de la biodiversité associés à l'agriculture et à la transformation en aliments sont aussi appelés agrobiodiversité.

Parmi les exemples de l'utilité de la diversité face à l'homogénéisation génétique des variétés de plantes cultivées on peut en citer deux [4]:

  • En 1970, 85 % du maïs cultivé aux États-Unis était quasiment homogène. La résistance de cette plante à l'helminthosporiose, maladie cryptogamique, fut surmontée par le champignon et l'épidémie provoqua des dégâts considérables.
  • En 1980, pour la même raison, 90 % de la récolte cubaine de tabac fut détruite par le mildiou.

On voit ainsi que la diversité génétique des populations naturelles d'animaux et de plantes apparaît comme une stratégie promue par la sélection naturelle, en réponse aux pressions continuelles des parasites évoluant rapidement.

Les écosystèmes fournissent également des supports de production (fertilité du sol, prédateurs, décomposition des déchets...) et des services tels que la purification de l'air et de l'eau, la stabilisation et la modération du climat, la diminution des conséquences des sécheresses, inondations et autres désastres environnementaux.

Si les ressources biologiques représentent un intérêt écologique pour la communauté, la valeur économique de la biodiversité est également de plus en plus mise en avant. De nouveaux produits sont développés grâce aux biotechnologies, et de nouveaux marchés créés. Pour la société, la biodiversité est aussi un secteur d'activité et de profit, et demande une gestion appropriée des ressources.

Finalement, le rôle de la biodiversité est d'être un miroir de nos relations avec les autres espèces vivantes, une vue éthique avec des droits, des devoirs, et une nécessité éducative. L'aspect éducatif est souvent assuré par l'école (lors de sorties d'éducation à l'environnement par exemple) ou par des organisations de protection de la nature, telles que le WWF [1].

Voir également : Écotourisme

[modifier] Évaluer la biodiversité

[modifier] Comment mesurer la biodiversité ?

Relation entre le nombre d'espèces et la taille des organismes
Relation entre le nombre d'espèces et la taille des organismes[5]

Selon le point de vue précédemment défini, il ne peut y avoir de mesure unique objective de la biodiversité, mais uniquement des mesures relatives à des objectifs précis d'utilisation ou d'application.

Pour les conservationnistes, cette mesure doit quantifier une valeur, qui est à la fois largement reconnue par les personnes pour lesquelles ils font cette estimation, mais aussi être considérée comme ayant besoin de protection. Pour d'autres, une définition plus large et plus facilement défendable d'un point de vue économique est une mesure qui permet de garantir le maintien de son utilisation, de soutenir les possibilités d'évolution de cette biodiversité, de garantir son usage pour les générations futures, tout en assurant la protection de l'environnement dans un monde en constante évolution. En conséquence de quoi, les biologistes soutiennent que cette mesure doit être associée à la notion de variété des gènes. Cependant, comme il est difficile d'indiquer quels gènes sont les plus susceptibles d'être bénéfiques, le meilleur choix de conservation de la biodiversité consiste à assurer la sauvegarde du plus grand nombre de gènes possible.

Les écologistes considèrent cette approche comme étant souvent inadéquate et trop restrictive.

Une étude récente[6] montre que le déclin des papillons dans une zone donnée est lié à celui de la biodiversité dans cette même zone. La présence ou l'absence de papillons serait donc un bon indice de mesure de la biodiversité.

[modifier] Les différentes dimensions de la biodiversité

L'arbre du vivant selon Ernst Haeckel (1874). L'Homme est en haut, au centre.
L'arbre du vivant selon Ernst Haeckel (1874). L'Homme est en haut, au centre.

La biodiversité peut d'une part être considérée selon sa dimension temporelle : elle n'est pas statique. La biodiversité est un système en évolution constante, du point de vue de l'espèce autant que celui de l'individu. La demi-vie moyenne d'une espèce est d'environ un million d'années et 99% des espèces qui ont vécu sur terre sont aujourd'hui éteintes.

Elle peut aussi être considérée dans sa composante spatiale : la biodiversité n'est pas distribuée de façon régulière sur terre. La flore et la faune diffèrent selon de nombreux critères comme le climat, l'altitude, les sols ou les autres espèces.

[modifier] L'inventaire des espèces

La systématique est une manière d'analyser la biodiversité dans sa capacité à distinguer un organisme d'un autre. Cette méthode est confrontée aux problèmes de temps et de nombre : 1,75 millions d'espèces ont été décrites, cependant, les estimations du nombre véritable d'espèces vivantes vont de 3,6 à plus de 100 millions. À côté de cela, certains disent que la connaissance des espèces et des familles est devenue insuffisante et doit être complétée par une plus grande compréhension des fonctions, interactions et collectivités.

Tableau 1. Quelques études estimant le nombre d'espèces décrites (d’après WCMC, 1992).
Groupe Mayr et al. (1953) Barnes (1989) May (1988) May (1990) Brusca & Brusca (1990)
Protozoaires[7] 260 000 32 000 35 000
Porifères 4 500 5 00 10 000 9 000
Cnidaires 9 000 9 000 10 000 9 600 9 000
Platyhelminthes 6 000 12 700 20 000
Rotifères 1 500 1 500 1 800
Nématodes 10 000 12 000 1 000 000[8] 12 000
Ectoproctes 3 300 4 000 4 000 4 500
Echinodermatas 4 000 6 000 6 000 6 000 6 000
Urochordata 1 600 1 250 1 600 3 000
Vertébrés 37 790 49 933 43 300 42 900 47 000
Chélicérates 35 000 68 000 63 000 65 000
Crustacés 25 000 42 000 39 000 32 000
Myriapodes[9] 13 000 10 500 13 120
Hexapodes 850 000 751 012 1 000 000[10] 790 000 +827 175
Mollusques 80 000 50 000 100 000 45 000 100 000[11]
Annélides 7 000 8 700 15 000 15 000
Graphique 2 : comparaison de l'importance des différents taxons entre ce que nous savons (à gauche) et ce qui existe probablement (à droite) (D'après WCMC, 1992).
Graphique 2 : comparaison de l'importance des différents taxons entre ce que nous savons (à gauche) et ce qui existe probablement (à droite) (D'après WCMC, 1992).
Pour plus d'information sur la biodiversité des insectes.

[modifier] Les estimations du nombre d'espèce

Certains groupes, comme les virus, les bactéries et les algues sont très mal connus. Faire des estimations, même prudentes, est alors très délicat.

Tableau 2. Estimation du nombre d'espèces des principaux groupes taxinomiques (d’après WCMC, 1992).
Groupe Espèces déjà décrites Espèces à décrire
estimation la plus haute[12] estimation probable[13]
Virus 5 000 500 000 500 000
Bactéries 4 000 3 000 000 400 000[14]
Champignons 70 000 1 500 000 1 000 000
Protozoaires 40 000 100 000 200 000
Végétaux 250 000 500 000 300 000
Vertébrés 45 000 50 000 50 000
Nématodes 15 000 1 000 000 500 000
Mollusques 70 000 180 000 200 000
Crustacés 40 000 150 000 150 000
Arachnides 75 000 1 000 000 750 000
Insectes 950 000 100 000 000 8 000 000

[modifier] Le rythme des découvertes

Le nombre des espèces à découvrir, comme nous venons de le voir, est extrêmement important. Mais le rythme de ces découvertes est différent en fonction des groupes zoologiques. Ainsi, chez les oiseaux (graphique 3, voir ci-dessous), il a fallu 87 ans pour découvrir la moitié des espèces aujourd'hui connues et 125 ans pour l'autre moitié. Ce qui indique que les espèces sont de plus en plus difficiles à découvrir. Dans le cas des arachnides et des crustacés (graphique 4, voir ci-dessous), on a découvert en seulement dix ans (de 1960 à 1970), autant d'espèces que depuis 1758, soit 202 ans. Cela indique qu'il existe encore de nombreuses espèces communes encore inconnues mais aussi que d'en découvrir de nouvelles sera de plus en plus difficile.

Graphique 3 : rythme des découvertes d'espèces d'oiseaux (d'après WCMC, 1992, May, 1990, et Simon, 1983)
Graphique 3 : rythme des découvertes d'espèces d'oiseaux (d'après WCMC, 1992, May, 1990, et Simon, 1983)
Graphique 4 : rythme des découvertes d'espèces d'arachnides et de mollusques (d'après WCMC, 1992, May, 1990, et Simon, 1983)
Graphique 4 : rythme des découvertes d'espèces d'arachnides et de mollusques (d'après WCMC, 1992, May, 1990, et Simon, 1983)

[modifier] Exemples de pays riches en biodiversité

  • Le Brésil est considéré comme représentant d'un cinquième de la biodiversité mondiale, avec 50 000 espèces de plantes, 5 000 vertébrés, 10 à 15 millions d'insectes et des millions de micro-organismes.
  • L'Inde représenterait 8% des espèces connues, avec 47 000 espèces de plantes et 81 000 animales.

[modifier] Quel prix accorder à la biodiversité ?

Les écologues et les environnementalistes ont été les premiers à insister sur l'aspect économique de la protection de la diversité biologique. Ainsi, Edward Wilson écrivait en 1992, que la biodiversité est l'une des plus grandes richesses de la planète, et pourtant la moins reconnue comme telle. Nombreux sont ceux qui aujourd'hui considèrent la biodiversité comme un réservoir de ressources utilisables pour fabriquer des produits agro-alimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques… Cette notion de mise en valeur des ressources est à l'origine des craintes de disparition des ressources liée à l'érosion de la biodiversité, mais aussi des nouveaux conflits portant sur les règles de partage et d'appropriation de ladite richesse.

Un préalable à toute discussion sur la répartition des richesses est nécessaire : celui de l'évaluation économique de la biodiversité. Cet objectif doit aussi permettre de déterminer les moyens financiers à consacrer à sa protection.

[modifier] La biodiversité est-elle menacée ?

Emoia caeruleocauda
Emoia caeruleocauda

L'installation de l'homme dans la plupart des territoires disponibles a modifié les équilibres écologiques existants; les fluctuations climatiques ont eu un impact sur la répartition des espèces. Ces modifications, qui ont eu cours depuis plusieurs millénaires ont cependant permis à une importante diversité biologique de perdurer jusqu'à l'aube de l'ère industrielle.

Ces dernières décennies, une érosion de la biodiversité a été observée et plus de la moitié de la surface habitable de la planète a été modifiée de façon significative par l'espèce humaine[15]. La majorité des écologues et biologistes estiment qu'une extinction massive est en cours. S'il y a désaccord sur les chiffres et les délais, la plupart des scientifiques pensent que le taux actuel d'extinction est plus élevé qu'il n'a jamais été dans les temps passés. Plusieurs études montrent qu'environ une espèce sur huit de plantes connues est menacée d'extinction. Chaque année, entre 17 000 et 100 000 espèces disparaissent de notre planète, et un cinquième de toutes les espèces vivantes pourrait disparaître en 2030. Il y a consensus sur le fait que l'Homme en soit la cause, en particulier par la fragmentation et/ou la destruction des écosystèmes abritant ces espèces. Sans négliger l'évolution même des espèces ni leur mise en place au cours du temps dans des espaces donnés, on ne peut que constater en terme de bilan, que les pertes quantitatives et surtout qualitatives sont énormes, et qu'à l'échelle planétaire, ces dernières s'effectuent de manière régulière et pernicieuse.

Mers et océans : une étude statistique publiée en 2006 [16] basée sur l'analyse durant quatre ans de données couvrant une période de mille ans, pour 48 zones de pêche dans le monde montre que les espèces actuellement pêchées (poissons et crustacés) pourraient quasiment toutes disparaître en 2048 sans mesure supplémentaire de préservation. En 2006, 29% des espèces pêchées sont déjà sur le point de disparaître, imposant un appel plus important aux piscicultures dont certaines dégradent l'environnement. La perte importante de biodiversité marine fragilise les écosystèmes marins et par voie de conséquence, le climat et ceux de la planète entière, car les mers et océans sont essentiels aux cycles biogéochimique, dont celui de l'oxygène.

Certains estiment que la conversion d'écosystèmes anciens (ou de substitution, tels que prairies, bocage..) en écosystèmes standardisés (e.g. par exemple, déforestation suivie de monoculture intensive) a des effets encore plus négatifs sur la biodiversité que la surexploitation d'espèces ou la dégradation d'écosystèmes primaires. D'autres pensent que c'est l'absence de droits de propriété ou de règles d'accès aux ressources qui ont conduit à l'exploitation anarchique des ressources naturelles.

Parmi ces détracteurs, quelques-uns affirment que des extrapolations abusives sont faites, et que le rythme actuel de disparition des espèces ou de destruction des forêts tropicales, des récifs coralliens ou des mangroves (trois sortes d'habitat riche en biodiversité) n'est pas suffisant pour parler d'extinction de masse. Ainsi, la majorité des extinctions ont été observées sur des îles.

Néanmoins, outre que les théories de l'écologie du paysage prédisent que c'est effectivement d'abord sur les îles que les espèces doivent disparaître, c'est justement un phénomène d'insularisation écopaysagère que les scientifiques observent sur les continents. De plus les inventaires montrant qu'une grande quantité d'espèces n'a pas tout-à fait disparu, montrent aussi qu'elles ont souvent - en quelques décennies - vu fondre ou disparaître leurs populations sur l'essentiel de ce qui était leur aire normale ou ancienne de répartition. Leur diversité génétique en a nécessairement été réduite. Enfin, la vitesse de quasi-disparition de ressources halieutiques autrefois communes et de plus de 200 espèces de poissons dans le lac Victoria (à comparer à 129 espèces d'eau douce seulement pour toute l'Europe), suite à l'introduction de la perche du Nil en 1954 démontre la possibilité, dans un temps bref, d'une extinction de masse d'origine humaine. Le film documentaire Le Cauchemar de Darwin (2005) illustre également cet aspect.

[modifier] Gestion de la biodiversité : conservation, préservation et protection

Globalement, ce n'est pas tant la présence de l'homme qui perturbe l'équilibre écologique des écosystèmes, mais plutôt ses activités de plus en plus intensives qui, notamment dans les plaines, fragmentent de plus en plus les secteurs où s’expriment encore une certaine biodiversité. La destruction des habitats et leur fragmentation sont donc les deux principaux facteurs de la perte d’un haut niveau de richesse biologique.

Cependant, une grande partie des activités humaines semble compatible avec le maintien d’une biodiversité importante à condition que certaines règles de gestion et d’aménagement soient respectées et suivies, même si certaines d’entres-elles demandent de profonds changements dans notre perception économique et sociologique du monde.

La conservation de la biodiversité est devenue un motif de préoccupation mondiale. Bien que tout le monde ne soit pas forcément d'accord sur le fait qu'une extinction massive soit en cours, la plupart des observateurs admettent la disparition de nombreuses espèces, et considèrent essentiel que cette diversité soit préservée, selon le principe de précaution.

Il existe deux grands types d'options de conservation de la biodiversité : la conservation in-situ c'est-à-dire dans le milieu naturel et la conservation ex-situ. La conservation in-situ est souvent vue comme la stratégie idéale. Toutefois, sa mise en place n'est pas toujours possible. Par exemple, les cas de destruction d'habitats d'espèces rares ou d'espèces en voie de disparition requièrent la mise en place de stratégies de conservation ex-situ. Certains estiment que les deux types de conservation sont complémentaires.

Un exemple de conservation in-situ est la mise en place de zones de protection. La conservation de gènes dans des banques de semences est un exemple de conservation ex-situ, lequel permet la sauvegarde d'un grand nombre d'espèces avec un minimum d'érosion génétique.

De manière générale, la préservation de la biodiversité implique la préservation des grands équilibres écologiques, à quelle qu'échelle que ce soit : habitat, forêt, région, monde … Équilibres qui, s’ils sont rompus, entraînent de graves dysfonctionnements biologiques aux conséquences souvent désastreuses, parfois imprévisibles, sur les sociétés humaines en général et leur fondements économiques en particulier.

L'érosion de la biodiversité était un des sujets les plus discutés lors du Sommet pour le développement durable, à Rio de Janeiro, dans l'espoir de la mise en place d'un fond de conservation global pour le maintien des espèces et des collections (conservatoires, banques de graines, etc.). C'est également lors de ce sommet en 1992, que le 22 mai a été déclaré Journée internationale de la biodiversité. La Convention sur la diversité biologique votée à Rio, avant d'être ratifiée par ses Parties-membres engage les états signataires et l'Union Européenne à prendre des mesures de conservation et d'utilisation durable de la biodiversité ainsi qu'au partage équitable des bénéfices découlant de l'utilisation des ressources génétiques.

La convention de 1972 de l'Unesco sera utilisée pour aboutir sur un accord juste sur le partage des bénéfices résultants. La bioprospection peut devenir ce qui a été appelé biopiraterie quand ces règles ne sont pas respectées.

Perspectives pour une bonne gouvernance de la Biodiversité : L'ONU a mis en place la FAO pour répondre aux questions d'agriculture et d'élevage et l'OMS pour les questions de santé, mais il n'y a pas d'Agence mondiale pour la Biodiversité. Une démarche consultative ([2] qui signifie « International Mechanism Of Scientific Expertise on Biodiversity ») envisage en 2006 la création d'un organisme scientifique de type IPCC sur le thème de la biodiversité, suite aux recommandations d'un groupe de travail international (Leipzig workshop) sur les interfaces Science-Décideurs pour une bonne gouvernance de la biodiversité (International Science-Policy Interfaces for Biodiversity Governance). En Février 2007 à Paris, J. Chirac a apporté le soutien de la France à l'idée de création d'une Agence mondiale de l'Environnement.

La biodiversité urbaine, et celle de la nature banale sont aussi des préoccupations émergeantes, avec quelques expérimentations d'intégration dans la gestion urbaine et l'architecture (Construction à biodiversité positive, quinzième cible HQE...)

Voir aussi : w:Convention on Biological Diversity | ITPGRFA | w:Fair trade | Principe de précaution

[modifier] Notes

  1. Lovejoy (1980).
  2. Gérard Granier, Yvette Veyret, Développement durable. Quels enjeux géographiques ?, dossier n°8053, Paris, La Documentation française, 3e trimestre 2006, ISSN 04195361, page 2 ; lire aussi Edward O.Wilson, (directeur de publication), Frances M.Peter, (directeur de publication associé), Biodiversity, National Academy Press, march 1988 ISBN 0-309037832 ; ISBN 0-309037395 (pbk.), édition électronique en ligne
  3. Global Biodiversity Assessment. UNEP, 1995, Annex 6, Glossary. ISBN 0-521564816, utilisé comme source par "Biodiversity", Glossary of terms related to the CBD, Belgian Clearing-House Mechanism, site consulté le 26 avril 2006.
  4. C. de Kimpe, congrès "La recherche agronomique européenne dans le monde du XXIe siècle" à Strasbourg les 28 et 29 novembre 1996.
  5. d'après Stork (1997) et May, (1978 et 1988)
  6. (2006)
  7. Le terme de protozoaire, bien que paraphylétique est utilisé ici dans son sens zoologique classique.
  8. Cette estimation très haute de May (1988) reflète plutôt une estimation des espèces existantes plutôt que celles uniquement décrites.
  9. Les myriapodes sont ici considérés comme l'ensemblage des chilopodes et des diplopodes
  10. Cette estimation très haute de May (1988) reflète plutôt une estimation des espèces existantes plutôt que celles uniquement décrites.
  11. Ce chiffre très important n'est pas expliqué par les auteurs, Brusca et Brusca (1990).
  12. L'estimation la plus haute est disponible pour de nombreux groupes mais reste très spéculative et doit être prise avec beaucoup de précautions.
  13. Ces chiffres sont volontairement modérés (WCMC, 1992).
  14. Estimation très difficile à donner du fait de la faiblesse de nos connaissances.
  15. Hannah et Bowles (1995). Voir aussi l'évaluation du Millenium Ecosystems Assessment
  16. (en) Impacts of Biodiversity Loss on Ocean Ecosystem Services, dans Science magazine du 3 novembre 2006

[modifier] Références

  • Richard C. Brusca & Gary J. Brusca (1990). Invertebrates. Sinauer : 922 p.
  • R.D. Barnes (1989). Diversity of organisms : how much do we know ? American Zoologist, 29 : 1075-1084.
  • L. Hannah et I. Bowles (1995). Letters : Global priorities. Bioscience, 45 : 122.
  • T.E. Lovejoy (1980). Foreword. In : Conservation Biology : An evolutionary-ecological perspective (M.E. SOULÉ et B.A. WILSON, dir.), Sinauer Associates (Sunderland) : v-ix.
  • R.M. May (1978). The dynamics and diversity of insect faunas.? in Diversity of insect faunas (Mound L.A. & WALOFF N., dir.), Blackwell (Oxford) : 188-204.
  • R.M. May (1988). How many species are there on earth ? Science, 241 : 1441-1449.
  • R.M. May (1990). How many species ? Philosophical Transactions of the Royal Society, B 330 : 293-304.
  • MAYR Ernst, E.G. Linsley et R.L. Usinger (1953). Method and principles of systematic zoology, McGraw-Hill (New York).
  • H.R. Simon (1983). Research and publication trends in systematic zoology. Ph. D. thesis. The City University (Londres).
  • Nigel E. Stork (1996). Measuring global biodiversity and its decline. in Biodiversity II. Understanding and Protecting our biological Resources (REAKA-KUDLA M.L., WILSON D.E. & WILSON E.O., dir.), Joseph Henry Press (Washington) : 41-68.
  • World Conservation Monitoring Centre (WCMC) (dir.) (1992). Global Biodiversity. Status of the Earth's living resources. Chapman & Hall (Londres) : xix + 585 p. ISBN 0-412-47240-6

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

[modifier] Orientation bibliographique

  • FADY Bruno & MÉDAIL Frédéric (2006). Peut-on préserver la biodiversité ?. Le Pommier (Paris) : Les Petites Pommes du savoir,  : 64 p. (ISBN 2-7465-0272-2)
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