Raymond Barre
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Raymond Barre | |
![]() |
|
Naissance : | 12 avril 1924 Saint-Denis, Réunion, France |
---|---|
Nationalité : | ![]() |
Profession : | Économiste Universitaire Homme politique français Premier ministre (1976-1981) |
Distinctions : | Officier de la Légion d'honneur Grand'Croix de l'Ordre national du Mérite Chevalier du Mérite agricole Commandeur du Mérite commercial |
Photo : Raymond Barre, le 15 septembre 1977 à Washington. |
Raymond Barre, né le 12 avril 1924 à Saint-Denis (Réunion), est un économiste et homme politique français. Il fut premier ministre de la France de 1976 à 1981.
Sommaire |
[modifier] Enfance et jeunesse
À l'exception de quelques mois à Paris en 1934, Raymond Barre passe son enfance sur son île natale dans une imposante case créole autrefois habitée par le poète Léon Dierx, une villa aujourd'hui appelée Déramond-Barre. Il se retrouve d'abord dans la même école maternelle que Raymond Bourgine avant d'être scolarisé au lycée Leconte de Lisle de Saint-Denis dans la même classe que Jacques Vergès, qui lui dispute en vain la place de premier. Il entre ensuite à l'École de droit de la Réunion.
Mobilisé à l'âge de vingt ans, il doit mettre de côté son vœu d'étudier la médecine à Montpellier comme le reste de sa famille avant lui. Il part en 1945 pour Madagascar rejoindre son régiment d'artillerie. Il débarque à Tamatave, d'où il doit s'embarquer pour l'Indochine. Mais Américains et Britanniques ne fournissent pas les navires de transport nécessaires avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Démobilisé, il prend le bateau pour Paris le 15 janvier 1946.
Logé à la Cité Internationale Universitaire jusqu'en 1950, il décroche plusieurs diplômes de l'enseignement supérieur : agrégation de droit et de sciences économiques, diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris.
Il est nommé professeur à la Faculté de droit et de sciences économiques de Caen mais ne s'y rend pas tout de suite. Pendant quatre ans, il effectue des missions à l'Institut des hautes études de Tunis. Il publie en 1959 un manuel d'économie qui restera longtemps utilisé par les étudiants. Il est ensuite professeur à l'Institut d'études politiques de Paris et à la faculté de droit et de sciences économiques de Paris.
[modifier] Carrière politique
De 1959 à 1962, Raymond Barre est directeur de cabinet de Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l'industrie. En 1967, il est nommé par le général de Gaulle vice-président de la Commission européenne, responsable des Affaires économiques et financières, poste qu'il occupera jusqu'en 1972.
En janvier 1976, il est nommé ministre du Commerce extérieur, puis devient en août suivant Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, après la démission du gouvernement de Jacques Chirac.
Confronté à la hausse du chômage et de l'inflation relevant de la crise économique mondiale, il mène une politique d'austérité économique, plus couramment nommée par les économistes comme celle de « la rigueur ». Bien que surnommé à l'époque le meilleur économiste de France, il ne parvient à juguler ni le premier, ni la seconde à l'instar de ce qui se passera dans tous les pays européens à l'exception de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. Son plan de restructuration de la sidérurgie en 1979, consistant à quasi-nationaliser les usines concernées, va permettre de sauvegarder une industrie sidérurgique en France qui donnera plus tard naissance au groupe Arcelor. Bien sûr, ce plan ne se fera pas sans la suppression de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, et les violents mouvements de protestations qui en découlent. Il permettra néanmoins de reconstruire un groupe plus moderne et créateur d'emplois. Son gouvernement engagera de plus le plan nucléaire. À la Réunion, où il conserve des contacts sincères avec quelques élus comme Pierre Lagourgue et Marcel Cerneau, il décide de la construction de second bassin du Port de la Pointe des Galets. Son mandat qui s'achève en 1981 est par ailleurs marqué par le décès de Robert Boulin, alors ministre du Travail en 1979.
En 1988, il est candidat à l'élection présidentielle et obtient 16,5 % des voix au premier tour. Au lendemain du premier tour, il dénonce « les tentations du racisme et de la xénophobie » [1]. Donné favori par beaucoup de sondage quelques mois avant l'élection y compris devant Francois Mitterrand, il est victime d'une véritable entreprise de démolition de la part du camp de Jacques Chirac et notamment de son lieutenant, Charles Pasqua. Il est à noter que beaucoup plus tard, François Mitterrand rendra hommage à Raymond Barre en le qualifiant de « véritable homme d'Etat ». Il restera pour beaucoup « un homme carré dans un corps rond ».
Politiquement classé au centre droit et proche de l'UDF, Raymond Barre est probablement un des rares hommes politiques français contemporains à avoir occupé d'aussi hautes fonctions sans jamais avoir été membre d'un parti politique.
Il se retire de la vie politique en juin 2002.
[modifier] Problèmes médicaux et hospitalisation
Souffrant depuis des années de problèmes rénaux, qui l’obligent à des dialyses régulières, se sont greffés des problèmes cardiaques.
Le 11 avril 2007, il est hospitalisé en urgence au Centre cardio-thoracique de Monaco à la suite d'un malaise cardiaque survenu dans sa maison de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Il est transféré en fin d'après midi à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. De source médicale, on estime que ce transfert d'un établissement monégasque très réputé vers l'hôpital militaire parisien est le signe d'une aggravation de son état de santé.
Selon une proche de la famille, ce malaise est consécutif d'une bronchite, maladie dont l'ancien premier ministre fait fréquemment l'objet. Une source à la mairie de Lyon a par ailleurs affirmé que son état est "très critique".
Il devait donner une conférence le 12 avril à Monaco, dans le cadre de la fondation Monaco-Méditerranée.
[modifier] Fonctions politiques
- 1967 - 1972 : vice-président de la Commission européenne.
- 12 janvier 1976 - 29 août 1976 : ministre du commerce extérieur (gouvernement de Jacques Chirac).
- 29 août 1976 - 13 mai 1981 : Premier ministre.
- Mars 1978 : élu député de la 4e circonscription du Rhône à l'Assemblée nationale.
- 1981 - 2002 : député du Rhône apparenté au groupe UDF ou UDC.
- 1995 - 2001 : maire de Lyon.
[modifier] Décorations
- Officier de la Légion d'honneur
- Grand'Croix de l'Ordre national du Mérite
[modifier] Controverses
[modifier] Accusation d'antisémitisme
Le 3 octobre 1980, un attentat antisémite à la bombe, contre la synagogue de la rue Copernic, fait 4 morts et 20 blessés. Raymond Barre, alors Premier Ministre, choque l'opinion en déclarant sur TF1: « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Juifs se trouvant dans cette synagogue et qui a frappé des Français innocents (sic) qui traversaient la rue Copernic » [2]. Ses propos du 8 octobre 2006 à l'Assemblée nationale, assurant ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l'ensemble de la nation », n'effaceront pas le malaise laissé par sa précédente phrase.
Le 20 février 2007, lors d'une interview sur France Culture diffusée le 1er mars 2007, il revient sur cette affaire :
« c’était des Français qui circulaient dans la rue et qui se trouvent fauchés parce qu’on veut faire sauter une synagogue. Alors, ceux qui voulaient s’en prendre aux Juifs, ils auraient pu faire sauter la synagogue et les juifs. Mais pas du tout, ils font un attentat aveugle et y a trois Français, non juifs, c’est une réalité, non juifs. Et cela ne veut pas dire que les Juifs, eux ne sont pas Français. »[3]
Il estime dans l'interview que cette affaire fut « une campagne […] faite par le lobby juif (sic) le plus lié à la gauche », affirmant « je considère que le lobby juif — pas seulement en ce qui me concerne — est capable de monter des opérations qui sont indignes et je tiens à le dire publiquement. »
Dans la même interview, Raymond Barre défend son ancien ministre Maurice Papon, décédé trois jours avant, « un bouc émissaire » selon lui. Il déclare que « Papon était un grand commis de l'État (...) qui a surtout payé pour Charonne. Le reste est un alibi. » Ce dernier aurait assuré « le fonctionnement de la France », et n'aurait eu aucune raison de démissionner, malgré la collaboration d'État sous Vichy: « On démissionne lorsqu'il s'agit vraiment d'un intérêt national majeur (...) Ce n'était pas le cas. » Il estime en outre que Bruno Gollnisch, député européen FN, dont il blâme les propos (le frontiste venait d'être condamné pour négationnisme), serait par ailleurs « un bon conseiller municipal [lyonnais], un homme bien » [4] Gollnisch était conseiller municipal à Lyon lorsque Barre y était maire, de 1995 à 2001.
Prévoyant le scandale, il déclare aussitôt:
«Je vous ai parlé très franchement. Que vous me fassiez passer pour un antisémite, pour quelqu'un qui reconnaît pas la Shoah, j'ai entendu cela cent fois et cela m'est totalement égal». [5]
Cette interview a été vivement critiquée par le Crif, qui s'est déclaré « scandalisé », [6] et par Claude Lanzmann, qui accuse Raymond Barre d'antisémitisme [7]. Ce dernier répond à ces critiques le même jour, sur RTL: « Il y a une clique qui depuis 1979 me poursuit pour me faire apparaître antisémite. »[8]
Les propos de Raymond Barre ont suscité des réactions dans l'ensemble du monde politique français : ils sont jugés « indignes » par le parti socialiste, « ignobles » par le parti communiste, « choquants » par Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères et membre de l'UMP, « inacceptables » par François Bayrou, et « déshonorants » par SOS Racisme, la LDH, le MRAP, la LICRA et la FNDIRP.[réf. nécessaire]
Ces déclarations sont condamnées dans la presse, par plusieurs intellectuels (comme Olivier Duhamel sur France Culture le 9 mars 2007) et associations, par les partis politiques (UDF, PC,PS, UMP, etc.) et les hommes politiques unanimes, n'étant défendu, pour ces propos, que par Bruno Gollnisch et Dieudonné, sur son site Internet www.dieudo.net : "Dieudonné appelle Raymond Barre à la résistance groupée pour la liberté d’expression".
Le 11 mars 2007, dans un entretien au quotidien Le Parisien, Raymond Barre se déclare « indigné et attristé » par les accusations d'antisémitisme dont il est l'objet. Déclarant que « l'antisémitisme et le racisme sont contraires à [s]es convictions personnelles », il met en cause un « lobby juif de gauche » qui « depuis plus de trente ans […] s'acharne à [lui] faire un procès d'intention et à présenter certains de [s]es propos de manière tendancieuse. »
[modifier] Autres
Il fut président de l'Institut Aspen France de 1994 à 2004 et en est aujourd'hui président d'honneur. Il est aussi membre honoraire du Club de Rome.[9]
Le président de l'Université de La Réunion, Serge Svizzero, lui a proposé de changer le nom de l'université en son honneur. L'intéressé aurait déclaré qu'il n'y est pas « opposé sur le principe » vu ses origines et attachements à La Réunion. Certains ont été surpris par cette décision car en 1979, alors Premier ministre, il avait refusé que le centre universitaire de La Réunion, rattaché à l'université d'Aix-Marseille, devienne une véritable université [réf. nécessaire]. Aussi, on peut s'étonner de la cohérence de changer le nom de cette université en Université "Raymond Barre" (L'Université de la Réunion est devenue université en 1982)
Il a déclaré, en 2000, avoir fumé de l'opium dans sa jeunesse sans y avoir pris beaucoup de plaisir.
[modifier] Citations
"L'utilité est une notion qui se distingue de la morale et de l'hygiène." Traité d'Économie Politique
[modifier] Œuvres
- La période dans l'analyse économique - une approche à l'étude du temps, SEDEIS, 1950.
- Traité d'Économie Politique, première édition en 1959, réédité plusieurs fois depuis, traductions en espagnol, portugais, russe et arabe.
- Le développement économique : Analyse et Politique, 1958.
- L'homme est un animal économique, 1973.
- Une politique pour l'avenir, 1981.
- Que sais-je ? La désinflation, 1983.
- Réflexions pour demain, 1984, Pluriel, (ISBN 2010102673)
- Au tournant du siècle, 1988.
- Questions de confiance, 1988, Flammarion.
- L'expérience du pouvoir, conversations avec Jean Bothorel, 2007, Fayard, (ISBN 2213630313)
[modifier] Informations complémentaires
- Monsieur Barre, Henri Amouroux, 1986.
- Raymond Barre, un homme en politique, Damien Fière Pozzo di Borgo, 2002.
[modifier] Références
- ↑ Le Canard enchaîné, « Barre en quenouille », mercredi 7 mars 2007
- ↑ Cité par Le Canard enchaîné, « Barre en quenouille », mercredi 7 mars 2007
- ↑ http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/20070307.OBS5769/le_silence_siderantde_la_classe_politique.html
- ↑ Le Canard enchaîné, « Barre en quenouille », mercredi 7 mars 2007
- ↑ Cité par Libération, "Barre: Papon, «un grand commis de l’Etat», Gollnisch, «un homme bien»", 6 mars 2007 ici
- ↑ retranscription de l'interview
- ↑ Claude Lanzmann, « J'accuse Raymond Barre d'être un antisémite », tribune publiée dans Libération, 6 mars 2007 ici
- ↑ La polémique enfle autour des propos antisémites de Raymond Barre, Le Monde du 06.03.2007
- ↑ (en) Liste des membres honoraires du Club de Rome
Précédé par | Raymond Barre | Suivi par |
Jean-Pierre Fourcade | Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie | René Monory |
Précédé par Jacques Chirac |
Premier ministre de France |
Suivi par Pierre Mauroy |
|
|
Catégories : Événement récent • Économiste français • Économiste du XXe siècle • Personnalité de la Cinquième République • Premier ministre français • Ministre français des Finances • Candidat à l'élection présidentielle française de 1988 • Maire de Lyon • Ancien élève de Sciences Po • Ancien député de la Cinquième République • Personnalité réunionnaise • Académie des sciences morales et politiques • Naissance en 1924 • Membre de l'Ordre national du Québec • Officier de la Légion d'honneur