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Pierre Laval - Wikipédia

Pierre Laval

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Pierre Laval, né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme) et mort le 15 octobre 1945, à Fresnes, est un homme politique français.

Plusieurs fois président du conseil sous la IIIe République, il est, immédiatement après Philippe Pétain, la personnalité la plus importante du régime de Vichy et le principal maître d'œuvre de la politique de collaboration d'État avec l'Allemagne nazie.

Ayant puissamment aidé à la fondation de l'État français, il est vice-président du Conseil et dauphin désigné du Maréchal jusqu'à son éviction soudaine le 13 décembre 1940. Il revient au pouvoir avec le titre de chef du gouvernement, du 18 avril 1942 à son départ de Paris le 17 août 1944.

Sommaire

[modifier] Un homme politique de la IIIe République

Né d'une famille modeste de la petite bourgeoisie, son père d'origine tsigane est aubergiste et commerçant de chevaux à Châteldon dans le Puy-de-Dôme. Pierre Laval devra notamment être pion dans un lycée parisien pour payer ses études. Son ascension sociale lui permettra ultérieurement de racheter le château du bourg où il est né. Il passe son baccalauréat et obtient une licence de science naturelles avant d'opter pour le droit, et de s'installer à Paris comme avocat en 1907.

De ses origines populaires, Laval gardera toute sa vie un parler direct et familier, volontiers badin, souvent très croustillant. En témoignent de multiples propos rapportés par les témoins qui l'ont rencontré. Ce qui ne doit pas dissimuler son bagage culturel acquis.

Membre de la SFIO, défendant parfois des syndicalistes devant les tribunaux, Pierre Laval s'affiche comme pacifiste avant la Première Guerre mondiale. Il est même inscrit au fameux « Carnet B », la liste de tous les militants de l'extrême-gauche pacifiste que le ministère de l'Intérieur prévoyait initialement d'arrêter en cas de conflit.

Après la Grande Guerre, Laval est élu député SFIO d'Aubervilliers, dont il devient maire en 1923. Réformé pendant la Première Guerre mondiale, il n'en développe pas moins un fort sentiment pacifiste, entretenu par ses contacts réguliers avec Aristide Briand, avec qui il travaillait à établir de bonnes relations avec l'Allemagne et l'Union soviétique. Il s'éloigne progressivement de la gauche à mesure que s'accroît sa fortune.

Dans les années 1920 et les années 1930, Pierre Laval glisse peu à peu vers la droite parlementaire. Il quitte la SFIO dès 1920 et se présente sous l'étiquette « socialiste indépendant » aux élections législatives de 1924. En 1927, il devient sénateur, comme candidat sans étiquette, mais avec le soutien du centre droit et de la droite. Il est plusieurs fois ministre et président du Conseil (voir ci-dessous). Cette même année, Laval est élu « Homme de l'année » par le Time magazine aux États-Unis. Il mènera au cours de ces différents mandats une politique déflationniste anachronique, qui ne fera qu'aggraver la crise économique et sociale des années 1930, et précipiter la victoire électorale du Front populaire. Autre aspect de sa politique, la limitation du budget de l'armée au moment où Hitler fourbit ses armes.

Sur le plan diplomatique, alors que s'affirme la menace nazie, Laval multiplie tous azimuts les initiatives souvent brouillonnes et contradictoires. Il rencontre Staline à Moscou et conclut avec lui un pacte d'assistance franco-soviétique (mai 1935), mais ne l'assortit pas d'un accord militaire. Il rencontre peu après Mussolini à Rome, et ne réagit pas quand ce dernier le met dans la confidence des préparatifs de l'agression contre l'Éthiopie. Le Duce interprète cela comme un consentement à sa guerre, qu'il déclenche en octobre 1935, et accueille avec fureur les sanctions de Paris et de Londres, croyant à une trahison de Laval. Ce qui contribue au rapprochement Rome-Berlin et à la constitution de l'Axe, qui précipitera l'Europe dans la Seconde Guerre mondiale. En novembre 1942, lors d'une réunion à Munich avec Hitler, où Laval est présent, Mussolini confiera à l'interprète Paul Schmidt que Laval lui avait rendu fier service en 1935, en refusant de couper le ravitaillement en pétrole de l'Italie et de fermer le canal de Suez : sans quoi les troupes italiennes n'auraient plus eu qu'à se retirer d'Éthiopie sous huit jours.

En janvier 1936, à l'approche du Front populaire, Laval est écarté du pouvoir. Il en gardera, dès cette date, une vive hostilité envers les « socialo-communistes » qu'il associera à la Troisième République. À partir de 1937, il incline vers des idées sinon autoritaires, du moins antiparlementaires. De retour au privé, il accumule un empire commercial basé sur les journaux, l'imprimerie et la radio.

[modifier] Laval et la fondation du Régime de Vichy

La défaite de 1940 fournit à Laval l'occasion de revenir au pouvoir. Il place son empire de médias au service de Pétain et du gouvernement de Vichy. Le lendemain même de la conclusion de l'armistice, le 23 juin 1940, il entre au gouvernement Philippe Pétain. Le 10 juillet 1940, il use également de son influence à l'Assemblée nationale pour faire donner à Pétain les pleins pouvoirs. Deux jours plus tard, le 12 juillet 1940, Laval est appelé par Pétain comme vice-président du Conseil, le Maréchal restant à la fois chef de l'État et du gouvernement.

Laval développa des rapports très étroits avec Otto Abetz, ambassadeur allemand en France. Jouant de son image de « francophile », le persuade un peu plus, tout à fait à tort, que le Führer est prêt à tendre la main au vaincu et à réserver à la France une place privilégiée dans l'Europe nazie. Le 22 octobre 1940, Laval rencontre Adolf Hitler à Montoire et propose que les deux pays s'allient très étroitement ensemble. Deux jours après, il organise l'entrevue retentissante de Montoire, où la poignée de main symbolique entre Hitler et Pétain engage la France dans la collaboration d'État. Un mois plus tard, lors d'une autre réunion avec Hermann Göring, Laval suggère une alliance militaire avec l'Allemagne nazie, et fait dresser des plans pour une reconquête commune du Tchad, passé aux gaullistes sous l’impulsion de son gouverneur, Félix Éboué.

Il multiplie par ailleurs les gestes de bonne volonté, sans contrepartie aucune ni demandée ni obtenue. Ainsi, il livre à l'Allemagne l'or de la banque de Belgique, confié par Bruxelles à la France. Il lui cède les participations françaises dans les mines de cuivre de Bor (Yougoslavie), les plus importantes d'Europe à produire ce métal hautement stratégique. Il envisage le retour du gouvernement à Paris, où il serait plus étroitement sous regard allemand.

De juillet à décembre 1940, Laval mène une politique de collaboration active, avec le projet d'alliance avec l'Allemagne nazie évoqué ci-dessus. Des membres du gouvernement se sont inquiétés au sujet de cette alliance. Mais surtout, Laval agit trop indépendamment au goût de Pétain, jaloux de son autorité, et son impopularité auprès de la masse des Français risque à terme de rejaillir sur le régime. Enfin, c'est le dernier parlementaire à siéger encore au gouvernement, et il déplaît aux tenants de la Révolution Nationale comme vestige de la République honnie.

Le 13 décembre 1940, Philippe Pétain limoge brusquement Laval, et le remplace par Flandin puis par Darlan, lequel poursuit d'ailleurs sans grand changement la politique de collaboration et renforce le caractère autoritaire du régime. Laval est brièvement arrêté, mais Otto Abetz intervient pour le libérer et l'emmène à Paris, où il vivra désormais sous la protection de l'armée allemande. Ce limogeage n'empêche pas Pierre Laval de continuer à participer à la vie publique et politique.

Le 27 août 1941, alors qu'il passait en revue le premier contingent de la LVF, volontaires français sous uniforme nazi sur le point de partir pour participer à l'opération Barbarossa, il est victime d'un attentat à Versailles. La cérémonie organisée à la caserne Borgnis-Desbordes, avenue de Paris, réunissait Eugène Deloncle, président du Comité central de la LVF, Marcel Déat, fondateur du RNP, Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, Marc Chevallier, préfet de Seine-et-Oise et le ministre plénipotentiaire allemand Schleier. L'auteur des 5 coups de feu est un jeune ouvrier de 21 ans, Paul Collette, ancien membre des Croix-de-feu.

[modifier] Le retour au pouvoir (1942-1944)

En avril 1942, toujours sous la pression allemande, Laval, qui a recouvré sa santé, est nommé chef du gouvernement du régime de Vichy par le Maréchal Philippe Pétain. Il croit en la victoire définitive de l'Allemagne nazie et renforce encore la politique de collaboration avec l'occupant.

Si Pétain n'a toujours pas d'affection personnelle pour Laval, il partage avec lui les mêmes options de politique extérieure, et approuve ses décisions en conseil des ministres. En juin 1942, le Maréchal déclare très clairement en public que les propos et les ordres de Laval sont « comme les [siens] » et que tous lui doivent obéissance comme à lui-même. Ainsi que l'ont montré Henri Michel, Robert Paxton, Jean-Pierre Azéma et bien d'autres historiens, il n'a jamais existé de différences entre un « Vichy de Pétain » et un « Vichy de Laval », que les apologistes de Pétain ont inventées après la guerre afin de rejeter sur le seul Laval la responsabilité des turpitudes de l'État français.

Féru de diplomatie, intimement persuadé d'être le seul Français capable de négocier avec Hitler, Laval mise tout sur une collaboration sans équivoque qui consiste à anticiper sur les désirs allemands et à multiplier les gages de bonne volonté envers le vainqueur, sans en attendre de contrepartie. Il espère ainsi obtenir de Ribbentrop ou d'Hitler l'entrevue décisive, pendant laquelle il fait d'avance généreusement confiance aux capacités de charme personnel qu'il se prête pour séduire les chefs nazis, et les convaincre de réserver à la France une place de choix dans l'Europe allemande. Laval ne semble jamais avoir eu conscience ni de la spécificité radicale de l'idéologie nazie et du régime hitlérien, ni de l'absence complète de volonté du Führer de traiter la France ni aucun autre vassal comme un partenaire.

Profondément convaincu d'avoir raison seul contre tous, et persuadé que la postérité seule comprendra les mérites de sa politique, Laval n'a jamais tenu aucun compte non plus de l'impopularité de sa personne et de la collaboration auprès de la masse des Français, pas plus que des avertissements amicaux qui lui parviennent de plus en plus de toute part. D'où, parmi tant d'autres témoignages, ce dialogue significatif avec le général Weygand, en novembre 1942 :

« — Monsieur Laval, vous avez contre vous 95 % des Français.
— Dites plutôt 98 %, mais je ferai leur bonheur malgré eux. » 

Pierre Laval s'enferre ainsi sans retour dans une politique de collaboration de plus en plus coûteuse humainement et moralement pour la France, sans contrepartie. Il n'en varie pas, y compris en 1943-1944, alors que la défaite allemande est pourtant devenue prévisible.

[modifier] La radicalisation de la collaboration d'État

Le 22 juin 1942, Laval prononce à la radio un retentissant discours dont se détache la phrase : « Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que sans elle le bolchevisme s'installerait partout ». L'effet sur l'opinion publique est désastreux, les propres conseillers et ministres de Laval sont effondrés.

Préparant ce discours, Laval avait annoncé à ses conseillers qu'il mettrait aux Français « de l'acide sulfurique sur leurs plaies ». Alors que tous lui demandent de ne pas insérer cette phrase, il tient absolument à la garder, estimant qu'il doit dissiper toute équivoque envers les Allemands et ancrer résolument la France dans le camp de l'Axe. Il consent toutefois à montrer son texte au maréchal Pétain. Ce dernier se contente de lui faire modifier la version initiale – « Je crois à la victoire de l'Allemagne » – du moment qu'un civil n'a pas selon lui à faire de pronostic militaire. D'avoir émis le souhait de la victoire allemande discrédite définitivement Laval dans l'esprit de la masse des Français occupés.

Laval reviendra plusieurs fois en public sur cette phrase, toujours pour refuser de la désavouer.

En septembre 1942 il autorise la Gestapo à pourchasser les résistants français en Zone libre (« mission Desloges »). Lors de l'invasion de la Zone Sud le 11 novembre, il ne démissionne pas et reste au pouvoir, comme Pétain. Le matin du 27 novembre, il tente in extremis d'empêcher par téléphone le sabordage de la flotte française à Toulon, au risque que ses nombreux navires de guerre tombent tous aux mains d’Hitler.

En public comme en privé, Laval réaffirmera jusqu'à la fin son refus viscéral de toute idée de double-jeu. De fait, cet homme si souvent stigmatisé par ses contemporains comme un « maquignon » et un « opportuniste » joue jusqu'au bout un seul jeu : celui de l'entente avec l'Allemagne.

[modifier] Laval et la persécution antisémite

En mai 1942, Laval ordonne à la police française d'arrêter les juifs de France afin de les déporter. Ses responsabilités dans la rafle parisienne du Vel'd'Hiv' et dans celle perpétrée le 26 août 1942 en zone sud sont accablantes. Alors même que les Allemands ne demandaient pas l'inclusion des enfants de moins de 16 ans dans les convois, il insiste pour les ajouter aux trains de déportation. Sollicité de revenir sur cette décision, notamment par le pasteur Boegner, chef des protestants de France, il refuse : « pas un seul de ces enfants ne doit rester en France ». « Je lui parlais massacres », rapportera Boegner, « il me parlait jardinage ».

Laval n'a jamais fait preuve de sentiments antisémites personnels, au contraire de Pétain et de nombreux hommes de Vichy. Mais il entend démontrer sa bonne volonté aux Allemands dans toutes les questions qui les intéressent, et leur prouver l'efficacité et la fiabilité de l'administration et de la police françaises.

Il ne semble jamais s'être préoccupé particulièrement du sort exact qui pouvait attendre les familles déportées. Il prétendra après la guerre avoir livré les Juifs étrangers pour éviter la déportation des Juifs français. Mais sans même parler du caractère singulier et pour le moins éthiquement discutable de ce marchandage, Laval n'a jamais demandé ni obtenu la moindre assurance écrite des Allemands à ce sujet, se fiant visiblement à de vagues assurances verbales jamais tenues, puisque des milliers de Juifs français sont déportés ultérieurement à leur tour. Par ailleurs, Laval tient peu après la rafle parisienne du Vel' d'Hiv' ses seuls propos antisémites connus, déclarant aux préfets faire de la « prophylaxie sociale » en débarrassant la France de Juifs étrangers qui auraient « abusé de son hospitalité » et fait de l'Hexagone un « dépotoir » humain. Le Commissariat général aux questions juives, dirigé par Darquier de Pellepoix, est sous l'autorité directe de Laval depuis juillet 1942.

Pour la seule année 1942, plus de 43 000 Juifs sont déportés, la plupart arrêtés par la police française. En août 1943, Laval refuse cependant de dénaturaliser les Juifs français, ce qui aurait permis aux Allemands d'accélérer leur déportation. 11 000 Juifs n'en sont pas moins déportés encore cette année-là, et 17 000 en 1944. 80 % d'entre eux ont été arrêtés par la police française.

97 % des Juifs déportés périssent dans les chambres à gaz ou sont exterminés par le travail dans les camps de concentration. Des 11 000 enfants de moins de 16 ans déportés, la plupart sur l'insistance personnelle de Laval, aucun n'est revenu.

[modifier] L'envoi de travailleurs forcés en Allemagne

Dès le 12 mai 1942, Laval écrit au ministre allemand des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, pour lui proposer la participation de la France à l'effort de guerre allemand, au travers de l'envoi de travailleurs. Le Reich manque en effet cruellement de main-d'œuvre, ses ouvriers étant massivement mobilisés sur le front de l'Est.

Lors de son discours du 22 juin 1942, Laval annonce la décision très controversée de créer la Relève, ancêtre du STO. Il s'agit d'envoyer les meilleurs travailleurs en Allemagne en échange de prisonniers de guerre français. Mais Laval tait jusqu'au 11 août le véritable taux d'échange : trois ouvriers spécialistes contre un seul prisonnier paysan. En outre, la plupart des prisonniers libérés par le Reich sont des hommes âgés ou malades, peu productifs donc, et qui auraient sans doute été rapatriés de toute façon. Début septembre, la Relève est un échec, avec seulement 17 000 candidats au départ.

Sur l'impatience du gauleiter Fritz Sauckel, le « négrier de l'Europe[réf. nécessaire] », Laval passe alors au recrutement forcé. Le 4 septembre, Pétain promulgue une première loi à l'origine du départ forcé de 250 000 ouvriers en Allemagne en à peine six mois. Les exigences suivantes de Sauckel reçoivent pareillement pleine satisfaction : le 16 février 1943, une loi signée de Laval permet l'envoi en Allemagne de tous les jeunes gens nés entre 1920 et 1923. Au total, en juillet 1943, plus de 600 000 à 650 000 travailleurs ont été envoyés en Allemagne.

Laval met activement l'inspection du travail, la police et la gendarmerie au service des prélèvements forcés de main-d'œuvre et de la traque des réfractaires au STO. Le 11 juin, dans un discours radiodiffusé, il menace ouvertement les réfractaires de représailles sur leur famille. Il durcit aussi les mesures à l'encontre de ceux qui les aident, et supprime les exemptions des étudiants et des jeunes paysans.

Le prix à payer est lourd, sans aucune contrepartie : l'économie est désorganisée par la saignée en travailleurs, l'impopularité du régime se voit considérablement accrue, des milliers de jeunes réfractaires au STO sont jetés dans les bras de la Résistance et à l'origine de la naissance des maquis.

Tardivement conscient que le STO mine le régime, Laval finit par s'opposer aux nouvelles demandes exorbitantes de Fritz Sauckel lors d'une entrevue très orageuse le 6 août 1943. Cette dernière est assez rude pour que Laval soit pris d'une syncope et s'évanouisse. Appuyé par le ministre de l'Armement allemand Albert Speer, qui préfère désormais que les vaincus produisent sur place pour le Reich plutôt que de les exploiter en Allemagne, Laval obtient une suspension des départs, mais en échange d'une intégration considérablement accrue de l'industrie française à l'économie de guerre nazie (accords Albert Speer-Jean Bichelonne, 15 septembre 1943).

Auparavant, Laval a été le seul chef de gouvernement d'Europe occupée à avoir « rempli à 100 % le programme de main-d'œuvre » (télégramme du plénipotentiaire d'ambassade Schleier à Berlin, avril 1943), et grâce à son aide indispensable, Sauckel a toujours obtenu tout ce qu'il voulait jusqu'à l'été 1943.

[modifier] La répression accrue de la Résistance

En janvier 1943, Laval crée la Milice française, force de police politique sous la conduite de Joseph Darnand, mais dont il est officiellement le président. En six mois, elle recrute plus de 35 000 hommes et joue alors le principal rôle dans la traque des Juifs et des résistants, qui sont soit torturés et exécutés sommairement sur place, soit déportés vers les camps de concentration. Recrutant largement parmi les ultra-collaborationnistes convaincus, mais aussi les aventuriers de toutes sortes et les criminels de droit commun, la Milice s'illustre aussi par de nombreux vols, viols, extorsions de fonds, voies de fait sur la voie publique ou agressions contre des fonctionnaires et des policiers.

Laval ne désavouera jamais son soutien public à la Milice. En novembre 1943, il proclame qu'il marche « main dans la main avec Darnand » car « la démocratie, c'est l'antichambre du bolchevisme ». En juillet 1944, il apparaît sincèrement horrifié par l'assassinat de son ancien ami et collègue de gouvernement, Georges Mandel, liquidé par la Milice. Mais il ne montrera guère d'émotion particulière pour les nombreuses autres exactions de cet authentique instrument de guerre civile, qu'il a lui-même encouragé à sévir.

Cette même année 1943, il livre Léon Blum, Paul Reynaud et Edouard Daladier aux nazis.

[modifier] La concentration croissante des pouvoirs

Depuis son retour au pouvoir, Pierre Laval obtient des prérogatives sans cesse accrue de la part de Pétain, avec l'appui des Allemands.

Doté du titre nouveau de « chef du gouvernement » en avril 1942, Laval redevient dauphin officiel du Maréchal en novembre 1942, après que l'amiral Darlan a changé de camp et est passé aux Américains lors du débarquement allié en Afrique du Nord. Le 26 novembre, un acte constitutionnel de Pétain l'autorise à signer seul tous les décrets et les lois. En 1943, il obtient même des pouvoirs constituants.

Laval cumule de plus en plus de portefeuilles et place ses créatures à tous les postes-clés. Dès l'été 1942, il est à la fois ministre de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de l'Information. La gendarmerie est directement placée sous son autorité depuis juin 1942. Il est officiellement le chef de la Milice française. René Bousquet, qu'il a placé au Secrétariat général de la police, se montre en toutes circonstances l'un de ses protégés les plus fidèles. Ce grand responsable des déportations de Juifs sera d'ailleurs encore à ses côtés dans sa cellule de Fresnes pour partager ses derniers instants (Pascale Froment, René Bousquet, Fayard, 2001). Les Commissariats spécialisés chargés de la persécution des Juifs ou de la livraison de main-d'œuvre à l'Allemagne relèvent aussi directement du chef du gouvernement. Plusieurs autres ministres sont des alliés et amis proches, ainsi Pierre Cathala aux Finances ou Jean Bichelonne à la Production industrielle et aux Transports.

Laval dispose aussi d'une clientèle de compatriotes auvergnats qu'il place à d'importantes fonctions. Le préfet de police de Paris, Amédée Bussière, un des principaux organisateurs du Vel’ d’Hiv’, est un Clermontois qu'il a connu à la préfecture du Puy-de-Dôme. À la tête de la Légion des Combattants, Laval installe le maire d'Ambert Raymond Lachal, partisan d'une ligne plus collaborationniste. Un autre Auvergnat, Grasset, devient ministre de la Santé. L'administration pénitentiaire, qui collabore à la garde des résistants capturés, est dirigée par Baillet, qu'il a connu comme commissaire à Aubervilliers du temps qu'il en était député.

Très peu intéressé par la Révolution nationale, sans préjugés antisémites ou antimaçonniques particuliers, Laval n'hésite pas à prononcer le mot honni de « République » dans ses discours. Trop isolé et trop impopulaire pour négliger des soutiens éventuels, il est prêt à s'appuyer sur des républicains ralliés au régime, passant outre les récriminations des collaborationnistes et des pétainistes. C'est ainsi que Laval fait sonder entre autres l'ancien préfet de Chartres révoqué par Pétain, Jean Moulin, pour voir s'il veut reprendre du service au profit de l'État français. Celui dont Laval ignorait qu'il était entre-temps devenu l'un des plus grands résistants français opposa évidemment une fin de non-recevoir.

Mais à partir de fin 1943, Laval accepte aussi la fascisation progressive du régime en faisant entrer à son gouvernement les ultra-collaborationnistes affichés Joseph Darnand, Philippe Henriot et Marcel Déat. Il laisse la Milice française, organisation de type ouvertement fasciste, prendre un rôle de plus en plus grand dans l’État, un milicien devenant même préfet de Montpellier.

[modifier] La fuite, le procès et l'exécution

En août 1944, après le jour J, Laval démissionne mais est emmené par les Allemands à Belfort puis à Sigmaringen en Allemagne. En mai 1945, il fuit en Espagne, est arrêté à Barcelone et, le 30 juillet, remis au gouvernement français dirigé par le général de Gaulle.

Laval comparait en Haute Cour en octobre 1945. Particulièrement inconscient de la gravité des actes qui lui sont reprochés, Laval parlait fréquemment à ses proches du jour où il reprendrait sa carrière politique… Il semblait sincèrement persuadé de pouvoir encore convaincre ses juges du bien-fondé et de la nécessité de sa politique. La haine générale accumulée contre lui pendant l'Occupation éclate au grand jour à son entrée dans le box des accusés : très vite, Laval est hué et insulté par les jurés (dont plusieurs sont d'anciens collègues au Parlement, qu'il s'est pris inconsidérément à tutoyer familièrement), il est de fait empêché de parler et de se défendre. Il est exclu de son procès, et la défense refuse de plaider en protestation. La presse résistante elle-même condamnera le naufrage pénible du procès. Laval n'en est pas moins beaucoup trop compromis pour que le verdict de culpabilité fasse de toute façon le moindre doute. Il est condamné à mort le 9 octobre pour « Haute trahison en ayant aidé l'ennemi et violé la sécurité de l'État ». S'il avait été jugé ultérieurement, la charge de crime contre l'humanité aurait sans doute pu être retenue contre lui.

Ayant tenté de se suicider le jour de son exécution en avalant une capsule de cyanure, il subira 17 lavages d'estomac avant d'être amené hoquetant, dans un état effrayant, devant le peloton d'exécution qui le fusilla le 15 octobre 1945, dans la cour de la prison de Fresnes. Il est inhumé au cimetière Montparnasse.

Alors que huit demandes en révision du procès Pétain ont été rejetées, aucun défenseur de Vichy n'a pris la peine, ou le risque, de demander la révision du procès de Laval. Seule la famille de Laval milita pour sa réhabilitation, en pure perte.

Jean Jardin (1904-1976), son directeur de cabinet, fut aussi son éminence grise et continua à jouer ce rôle après la guerre auprès d'autres personnalités.

[modifier] Carrière ministérielle

Il a exercé les fonctions de président du Conseil des ministres (Troisième République) à quatre reprises, puis celles de chef du gouvernement (Régime de Vichy) à deux reprises :

[modifier] La personnalité de Laval, pièces diverses

  • 1. le 17 décembre 1940, Otto Abetz, l'ambassadeur allemand, proteste auprès de Pétain de ce que Pierre Laval ait été démis du gouvernement français.

« Le Führer considère la conduite du gouvernement français envers Laval comme un affront personnel. L'Allemagne ne veut pas altérer la liberté d'action du gouvernement français de quelque façon que ce soit. Cependant, en cas de refus français (pour le rétablir) elle ne continuerait pas la politique de coopération rendue possible à Montoire. » 

« Mauvaise nouvelle : Laval est revenu au gouvernement français. Si le Diable avait une âme, il l'appellerait Laval. Ce Laval est un millionnaire parvenu, de style nouveau riche, connu depuis des années pour être un agent français directement au service des nazis.
Il a joué un grand rôle dans les intrigues qui ont amené la chute de la France et pour lui, l'armistice a solidement fonctionné pour ce qu'il appelle la collaboration entre la France et l'Allemagne, signifiant que la France devrait lier son sort avec celui de l'Axe en envoyant une armée pour participer à la guerre contre la Russie, et employant sa flotte contre la Grande-Bretagne.
Pendant plus d'un an, il a été tenu hors du gouvernement, grâce à la pression américaine, mais il semble que les relations diplomatiques entre la France et les États-Unis se termineront bientôt. Le gouvernement américain a déjà rappelé William Leahy, son ambassadeur, et conseillé à ses ressortissants de quitter la France.
Cette rupture n'est peut-être pas une mauvaise chose en soi, car il n'y a guère de doute que les sous-marins allemands de l'Atlantique se sont habituellement servi des ports français, en France mais aussi en Afrique et aux Indes occidentales. Et si ces relations sont interrompues, les Américains ne s'estimeront pas tenus par la prétendue neutralité de la France.
Néanmoins, il y a un danger très grand qu'à un certain moment, Laval ne puisse réussir à jeter la flotte française dans la bataille de l'Atlantique contre la marine britannique, qui lutte déjà contre les navires de trois nations. » 

« En cas d'une victoire sur l'Allemagne de la Russie soviétique et de l'Angleterre, le Bolchevisme s'installerait inévitablement en Europe. Dans ces circonstances je préférerais voir l'Allemagne gagner la guerre. J'estime qu'un arrangement pourrait être atteint (avec l'Allemagne) qui aurait comme conséquence une paix durable en Europe. Je crois qu'une victoire allemande est préférable à une victoire britannique et soviétique. » 

  • 4. septembre 1942, discours de Laval à une réunion des politiciens français.

« Clairement, pour la France en sa position actuelle, l'intelligence consiste à pratiquer une politique d'entente avec l'Allemagne afin de survivre. Mais la même intelligence contraint l'Allemagne à pratiquer la même politique. Je défie n'importe qui – et j'ai dit ceci aux Allemands – de construire une Europe solide, articulée et viable sans le consentement de la France. La France ne peut pas être détruite. Elle est une mère patrie qui, en dépit de ses malheurs, a, et aura toujours, grâce à son passé, un prestige énorme dans le monde, celui que le destin lui a donné. » 

  • 5. septembre 1942, lettre de Laval à Jacques Barnaud :

« Si les Allemands sont battus, le Général de Gaulle reviendrait. Il serait soutenu par 80 ou 90 pour cent des Français qui m'ont acclamé. » 

  • 6. 22 juin 1942: Laval, émission de radio expliquant « l'échange-arrangement » du STO

« Ouvriers français : c'est pour la liberté des prisonniers que vous irez travailler en Allemagne ! C'est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! Pour que la France puisse trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel. » 

  • 7. Événements d'avril 1942, William Leahy, ambassadeur des États-Unis près le gouvernement de Vichy, a écrit au sujet de Pierre Laval dans ses mémoires, « J'étais là » (paru en 1950).

« La figure de Laval s'accrocha comme une ombre mauvaise au-dessus de Vichy pendant que l'année s'ouvrait. L'ancien premier ministre était un politicien astucieux et rusé qui a bâti son avenir et celui de la France sur une victoire de l'Axe. En avril 1942, une épreuve de force entre l'Allemagne et les États-Unis se déroula à Vichy et se termina au bénéfice de celle-ci, lorsqu'Abetz obligea le Maréchal à reprendre Laval au gouvernement, événement qui rendit nécessaire mon rappel à Washington. C'était un petit homme, basané, complexé, négligé dans son aspect personnel, mais avec un discours charmeur. Dans une discussion politique très franche, Laval m'a donné l'impression d'être fanatiquement voué à son pays, avec une conviction que les intérêts de la France étaient liés irrévocablement à ceux de l'Allemagne. Cette idée était nécessairement construite sur des signaux persistants et il avait employé sa carrière politique pour accroître sa fortune personnelle. Il est vrai que, parti de rien, le pauvre garçon de livraison dans une épicerie provinciale de ville était devenu l'un des hommes les plus riches (et puissants) de son pays. Il m'avait convaincu que son gouvernement avait été entièrement conçu pour collaborer avec l'Allemagne et aider à la défaite de ce qu'il nommait « le Bolchevisme soviéto-britannique » » 

  • 8. le 17 avril 1945, après la défaite de l'Allemagne nazie, Laval fait une tentative désespérée de s'échapper en Espagne : texte du télégramme envoyé au gouvernement espagnol.

« Ce n'est ni l'homme d'État ni l'ami qui demande votre aide, mais simplement l'homme. Je vous demande dans mon propre nom aussi bien que dans celui de mon épouse et de mon ami fidèle, Maurice Gabolde, la permission d'entrer en Espagne et d'y attendre pendant des jours meilleurs. Aujourd'hui, le vieil homme fatigué et usé qui vous écrit, en mémoire de notre longue amitié, vous en remercie à l'avance. » 

  • 9. après la guerre, André Guenier, l'ancien secrétaire personnel de Laval, essaya de défendre son ancien patron.

« Laval n'a jamais suspecté le système inhumain et les atrocités auxquelles les gens qui ont été arrêtés et expulsés vers l'Est ont été soumis. S'il avait su, aucune des considérations qui l'ont contraint à se dévouer à gouverner le pays, de quelque manière que se soit, n'aurait gardé leur validité. Il aurait dénoncé le fait avant le monde civilisé et aurait refusé n'importe quel contact avec les représentants d'un tel gouvernement. » 

[modifier] Bibliographie

France de Vichy

[modifier] Biographies

  • Guy Bechtel, Pierre Laval, Robert Laffont, 1963
  • Hubert Cole, Pierre Laval, Fayard, 1964
  • René de Chambrun [gendre de P. Laval], Pierre Laval devant l'Histoire, Paris, France-Empire, 1983
  • Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, rééd. Tallandier, 2006.
  • Odette Pannetier, Pierre Laval, Denoël et Steele, 1936
  • Maurice Privat, Pierre Laval, cet inconnu, Paris, Fournier-Valdès, 1948

[modifier] Sur le procès

  • Fred Kupferman, Le Procès de Vichy : Pucheu, Pétain, Laval, Editions Complexe 2006
  • René de Chambrun, Le « Procès » Laval, Paris, France-Empire, 1984
  • Géo London, Le Procès Laval, Lyon, Bonnefon, 1946

[modifier] Lien

commons:Accueil

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